Ce chant d'amour et de ferveur, le plus vibrant que nous ait légué la littérature de l'ancienne Egypte, passe pour avoir été rédigé par Akhenaton lui-même, vers 1360 av. J.-C. Plusieurs versions avec variantes en ont été retrouvées dans les sépultures saccagées des dignitaires de Tell el-Amarna. Nous proposons ici les passages essentiels de l'exemplaire le plus complet provenant de la tombe de Ay.
Lorsque tu te couches à l'horizon occidental,
L'univers est plongé dans les ténèbres et comme mort.
Les hommes dorment dans leurs demeures, la tête enveloppée,
Et aucun d'eux ne peut voir son frère.
Volerait-on tous leurs biens qu'ils ont à leur chevet,
Qu'ils ne s'en apercevraient pas !
Tous les lions sont sortis de leurs antres,
Et tous les reptiles mordent.
Ce sont les ténèbres d'un four et le monde gît dans le silence,
C'est que leur créateur repose dans son horizon.
Mais à l'aube, dès que tu es levé à l'horizon,
Tu chasses les ténèbres et tu dardes tes rayons.
Alors le Double-Pays est en fête,
L'humanité est éveillée et debout sur ses pieds;
C'est toi qui les as fait lever !
Sitôt leur corps purifié, ils prennent leurs vêtements
Et leurs bras sont en adoration à ton lever.
L'univers entier se livre à son travail.
(...)
(...)
Dès ton lever, tu fais croître (toute chose pour) le roi
Et la hâte s'empare de toute jambe
Depuis que tu as organisé l'univers,
Et que tu les as fait surgir
Pour ton fils, sorti de ta personne,
le roi de Haute et Basse-Egypte, vivant de vérité,
le Seigneur du Double-Pays, Néferkhéperoure-Ouaenre,
Fils de Ra, vivant de vérité, Seigneur des Couronnes, Akhenaton,
Que la durée de sa vie soit grande !
Et sa grande épouse qu'il aime,
La dame du Double-Pays, Néfernéferouaton-Néfertiti,
Puisse-t-elle vivre et rajeunir à jamais, éternellement !»