FONDATION JACQUES-EDOUARD BERGER: A la rencontre des Trésors d'Art du Monde

Qu'est-ce qu'une amulette?

II est temps de préciser la signification de ce mot. Le terme est attesté en France dans la deuxième moitié du XVIe siècle. Alors employé au masculin, il résulte d'un emprunt au latin amuletum, d'origine inconnue, et qui rend approximativement le grec phulakterion (phylactère). Il est également à rapprocher de l'arabe homaba/hemel signifiant «porter».

La définition actuelle généralement acceptée est celle de : «petit objet censé avoir des vertus magiques, et que l'on porte sur soi» (Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, 1992).

On précise encore que l'amulette «est destinée à préserver du mal, des blessures, de la mort» (Dupré, Encyclopédie du bon français dans l'usage contemporain, 1972).

Distinguons d'emblée le terme d'amulette de celui de talisman. Ce dernier désigne «un objet qu'on ne porte pas nécessairement sur soi [...], [qui] évoque une atmosphère de féerie [...], auquel des idées superstitieuses font attribuer le pouvoir d'exercer une influence extraordinaire [...].» (Dupré, op. cit.)

L'amulette se définit donc comme un objet doué de vertus magiques que l'on porte sur soi.


Ref.: Ph. Germond, Le monde symbolique des amulettes Egyptiennes, p.17, 5 Continents Editions srl, Milan 2005.

Voyons alors dans quelle mesure cette définition s'applique également aux amulettes de l'ancienne Égypte. La civilisation pharaonique a produit un nombre considérable de petits objets : animaux, dieux, produits de la vie quotidienne, signes hiéroglyphiques... Certains étaient portés comme de vrais bijoux; d'autres, percés ou munis d'un oeillet de suspension, entraient dans la composition d'un collier ou d'un pectoral; d'autres encore se dissimulaient dans les bandelettes des momies.

Une première remarque s'impose : les amulettes égyptiennes protègent l'homme de son vivant et l'accompagnent encore efficacement dans l'au-delà. Il n'existe pas de frontières précises (et encore moins de barrières infranchissables) entre ces deux mondes : loin de s'exclure, ils s'interpénètrent sans cesse, l'un annonçant ou prolongeant l'autre. Aussi les amulettes concernent-elles les vivants comme les morts. Une seconde observation est d'importance : l'efficacité de l'amulette ne se limite pas à l'objet lui-même. L'Égyptien, nous l'avons dit, croit profondément au pouvoir de l'image. Dans cette optique, la représentation figurée d'une amulette, son image, prolonge et accroît même le pouvoir de l'amulette elle-même. Un pilier-djed peint dans une tombe ou un noeud d'Isis illustrant une vignette du Livre des morts* «fonctionnent», bien qu'à une échelle différente, de la même manière que l'amulette portée individuellement.

Il ne faut donc pas, en Égypte ancienne, réduire l'amulette au seul objet que porte le particulier, mais inclure également sa représentation, peinte, gravée ou dessinée sur un quelconque support (paroi, statue, papyrus...). L'image d'une amulette ne doit cependant pas être assimilée à un talisman, puisqu'elle reste dans la plupart des cas la représentation d'un objet porté par l'individu.

L'amulette égyptienne apparaît fréquemment comme la réduction portative et individuelle d'un symbole commun plus général. Ainsi, la lionne des temps anciens, symbole de toutes les puissances, divine protectrice du roi à l'époque historique (on pense aux grandes statues de la déesse Sekhmet datant du règne d'Amenhotep III* sous la XVIIIe dynastie), devient en fin de compte, sous sa forme d'amulette, la protectrice du particulier.

Notons enfin qu'il convient de distinguer soigneusement l'amulette du brou, au sens où nous l'entendons aujourd'hui. II s'agit alors d'un objet purement décoratif dénué de toute connotation magique ou protectrice. L'amulette, au contraire, se définit par sa vertu prophylactique utilitaire et fonctionne comme réceptacle des forces divines et magiques.