FONDATION JACQUES-EDOUARD BERGER: A la rencontre des Trésors d'Art du Monde

La «classification» des amulettes

Répartir les amulettes en catégories bien définies, en fonction de critères précis, traduit avant tout une préoccupation moderne et scientifique. Un tel souci n'existait pas chez les anciens Égyptiens, qui croyaient en la vertu magique de ces innombrables figurines sans éprouver d'aucune manière un quelconque besoin de les répartir en différents groupes.

Paysan, scribe ou noble, tous en portaient, les choisissant en raison de leur efficacité face à diverses circonstances. Si certaines paraissent posséder des pouvoirs étendus, voire universels, comme l'oeil-oudjat qui «fonctionnait» en toute occasion, d'autres possédaient un champ d'action plus spécifique : le scribe recherchait volontiers une amulette représentant son patron, le dieu Thot, tandis qu'une femme sur le point d'accoucher accordait sa confiance à un petit bijou en forme d'hippopotame, image de la déesse Thouéris, protectrice efficace de toute maternité. Certains textes, comme le Livre des morts* ou le Rituel de l'embaumement*, apportent quelques précisions sur la matière et la couleur des amulettes ou sur la place qu'elles doivent nécessairement occuper sur le corps du défunt; jamais pourtant ces documents ne font état d'un quelconque classement, au sens où nous l'entendons aujourd'hui.

De nombreux égyptologues se sont essayés à répartir les amulettes en divers groupes, selon différents critères, les uns évoquant des aspects religieux, d'autres s'appuyant sur des éléments fonctionnels et archéologiques. Sans les citer tous, nous mentionnerons à titre d'exemple le classement proposé par Hans Bonnet, dans son ouvrage consacré à la religion égyptienne, Reallexikon der agyptischen Religiongeschichte (p. 28-30). Il distingue ainsi huit groupes d'amulettes : objets naturels, noeuds, démons et dieux, animaux et parties d'animaux, parties du corps humain, symboles, couronnes et signes du pouvoir, ornements et équipement funéraire. L'une des tendances actuelles, avant tout fondée sur des critères archéologiques, recherche un classement objectif et scientifique basé sur une analyse de l'objet lui-même et de son emploi. On citera à ce propos l'article de Julia Falkovitch : « L'usage des amulettes égyptiennes», dans le Bulletin de la Société d'égyptologie de Genève. Parfait pour répondre à des exigences muséologiques, il ne prend pas en compte la fonction de l'amulette et ne saurait refléter le monde complexe et souvent irrationnel imaginé par l'Égyptien lui-même.

Toutes ces tentatives, exprimant différents points de vue, ont leurs mérites respectifs. L'une n'est pas «meilleure» que l'autre. Elles traduisent simplement des préoccupations différentes...