FONDATION JACQUES-EDOUARD BERGER: A la rencontre des Trésors d'Art du Monde

Avant de regarder le plan en coupe, il est très important de savoir que nous sommes en plein Bouddhisme mahayaniste à Borobudur. Rappelons que le Bouddhisme hinayaniste est la pure et la stricte doctrine que le Bouddha a enseignée : c'est la loi bouddhique telle que le Bouddha l'a transmise. Le Mahayanisme désigne le Bouddhisme tel qu'au fond il s'est forgé au cours des siècles par porosité avec mille autres systèmes cosmogoniques, philosophiques et religieux qu'il a lentement absorbés. Le Mahayanisme est une religion constituée.
Selon la cosmogonie du bouddhisme mahayaniste, le monde se configure de la manière suivante : c'est une sorte d'immense plateau flottant dans l'absolu, dans les espaces sidéraux et cosmiques. Cet immense plateau est organisé selon un système de cercles concentriques dont le centre est une montagne qui est si grande, si belle, si haute, si pure, si divine qu'elle est au-delà de la perception de l'humain. Les textes bouddhiques appellent cette montagne le Mont Meru. Et Borobudur est exactement cela. Nous voyons sur le plan en coupe le Mont Meru tout en haut et les trois mondes fondamentaux qui sont le monde du subtil/de l'esprit, le monde du solide/de la matière/de la forme et le monde du liquide, c'est-à-dire le monde des passions, tumultueux comme l'eau est tumultueuse. Les trois éléments fondamentaux convergent vers l'unité de l'indicible, c'est-à-dire à la totale transparence. Ces trois cercles ont bien entendu leur nom et leur désignation.
En synthèse : en bas, c'est la relation strictement biographique mais quasiment au niveau animal, au niveau des besoins, des passions, des pulsions, des amours et des haines. C'est là qu'on trouverait notamment, si ce cercle était complet, des représentations de guerres mais aussi des scènes érotiques, mais aussi quelques scènes érotiques contre nature, dites contre nature par notre morale judéo-chrétienne. C'est toute chose possible mais c'est simplement toute chose vécue. Tandis qu'au-dessus, c'est toute chose enseignée. On pourrait presque dire que c'est le cercle de l'enseignement pour celui qui veut se dégager d'être simplement, à la limite, un animal et qui veut éveiller son âme. Il doit alors connaître un enseignement qui a pour modèle la vie du Bouddha et celles des Bouddha antérieurs qu'on appelle Bodhisattva. Et dans le troisième cercle qu'on peut appeler la sphère de la révélation, on n'a plus besoin de corps, on n'est plus qu'esprit. On a donc la sphère du vécu, la sphère de l'enseignement et la sphère de la révélation. Ces termes ne sont pas tout à fait orthodoxes mais ils sont peut-être plus clairs que : manifestation, forme et esprit.
 


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