FONDATION JACQUES-EDOUARD BERGER: A la rencontre des Trésors d'Art du Monde

Je vais vous montrer une gravure. C'est intéressant de savoir que c'est un Anglais qui, le premier, a remarqué l'importance du Borobudur, très tôt d'ailleurs en 1815. Waterloo et découverte du Borobudur, vous voyez que ce n'est pas mal! Ce personnage s'appelait Sir Stamford Raffles et c'est lui qui a publié en 1817 à Londres les premières gravures montrant le site de Borobudur et les premiers bas-reliefs qui sont à mourir de rire (et c'est dommage qu'on n'en reproduise plus dans aucun livre). Le graveur, qui était naturellement un Anglais de Londres, n'était jamais venu ici et n'avait pour toute documentation que les dessins de Sir Stamford Raffles. Se disant que le pauvre ne savait pas dessiner, il a complètement hellénisé ces figures et rendu Borobudur complètement néoclassique et grec, on dirait l'autel de Pergame.

Il faudra attendre très longtemps, quasiment la fin du 19e siècle, pour que de grandes restaurations soient entreprises. La première restauration a été hollandaise, due en fait à un spécialiste de Leyde qui s'appelait le Dr C. Leemans. Il a été le premier à avoir le mérite de dégager le Borobudur et de commencer à étudier les bas-reliefs et, ses crédits étant extrêmement limités, à remonter ce qui était immédiatement remontable. On peut donc presque dire que le père du Borobudur d'aujourd'hui, celui grâce auquel ce site a été un siècle plus tard sauvé, c'est le Dr Leemans.

La restauration qui suivra est aussi une restauration hollandaise, celle de van Erp. Il faut cependant relever que ces différents savants, Raffles puis Leemans puis van Erp, n'ont pas eu le grand problème que le Borobudur rencontre aujourd'hui avec la pollution et la maladie de la pierre. Voici des documents extraordinaires : une photo de 1910 et une photo de 1960 qui nous permettent de nous rendre compte de l'incroyable lèpre du Borobudur mais aussi de l'effritement de la pierre qui provoque le tassement du terrain et la déformation du site et, par là même, sa mise en déséquilibre et donc son inévitable ruine, ce qui a amené l'UNESCO à s'intéresser au site.

La première restauration de l'UNESCO a été commencée en 1948, donc très tôt. C'était une opération de sauvetage, on peut le dire, c'était vraiment le radeau de la Méduse à ce moment-là. La deuxième restauration a eu lieu de 1971 à 1984 et ce que nous voyons maintenant en est le résultat. On ne peut pas dire que cet état soit définitif, parce que tout peut encore arriver. Il faut rendre hommage d'une part à l'UNESCO mais, d'autre part, au gouvernement indonésien d'avoir su isoler le Borobudur de façon aussi magistrale en créant tout autour ce magnifique jardin. Maintenant le Borobudur est beau comme une Jérusalem céleste et a retrouvé une noblesse qui est absolument merveilleuse.

Il y a eu encore une petite restauration à la suite d'un attentat sur le sommet du Borobudur où une bombe avait explosé et endommagé un certain nombre de stupa à croisillons. C'est une preuve de plus que l'imbécillité est internationale. Quand on n'attaque pas la Pieta de Michel-Ange à Rome, on attaque le Borobudur.


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