Botticelli à Caravage
A la Renaissance, Botticelli inventait, rêvait une madone.
Madone du Magnificat, Botticelli
Marsile Ficin, humaniste, philosophe, théoricien et ami de Botticelli prônait la méthode platonicienne d'accession à la Beauté suprême. Cette méthode voulait que l'on s'élève au-dessus des beautés individuelles. Dans la Madone du Magnificat, par exemple, Botticelli n'avait pas besoin, pour représenter un de ses anges, de reproduire un seul visage. Pour mieux rivaliser avec la Nature, il parvenait à recomposer, à partir de plusieurs enfants ou adolescents, un ange peut-être impersonnel mais néanmoins vivant, plus vivant que ces petits vauriens aux mains sales, aux gestes trop brusques, irrespectueux de leur propre grâce qu'étaient ses modèles.
Dans ses anges, faits de souvenirs et de beautés superposées, il ne restait que la blancheur,
la méditation et le silence. Les cinq anges pourraient être cinq rêves du même adolescent idéal.
Caravage n'est pas un homme d'utopie, de rêve. Il est incapable d'avoir la vision du visage
d'une sainte comme un Botticelli ou un Raphaël. Une madone, peinte par Caravage, la Madone
des Pèlerins par exemple, devait vivre, avoir sa réalité de chair, d'os, de peines, de
souffrances, de lumière. Ses modèles, au lieu de les inventer ou de les chercher parmi
la noblesse romaine que l'on flattait en faisant jouer à telle jeune fille le rôle de
Lucrèce ou celui de sainte Anne, il allait les chercher dans les bouges, les auberges,
dans la rue. Cette manière de faire entraîna des scandales terribles.
Saint Matthieu et l'Ange, le premier, celui de 1600, un des tableaux les plus novateurs
de Caravage, fut retiré le jour de l'inauguration de la chapelle.
L'homme qui avait posé pour saint Matthieu était un des ivrognes les plus connus du quartier.
Au premier plan, ses pieds aux ongles noirs, mal soignés scandalisèrent. On retira
immédiatement le tableau. Caravage commença une seconde version. La Mort de la Vierge
sera refusée. Une indiscrétion fera que l'on saura que le cadavre de la Vierge était
celui d'une jeune fille noyée, retirée du Tibre. Très impressionné, il l'avait choisie
pour représenter la Vierge.
