L'ange qui l'inspire est à la mesure de Matthieu. Il n'est
pas un ange pour lettré, il est un ange pour batelier. Une frame pour la dia de l'entier au départ, puis deux
pour les détails couplés.
Qui n'a jamais peint un saint Matthieu aussi peu saint et un ange aussi peu ange?
Matthieu était batelier. Il n'est pas un homme d'écriture, un homme de science, ni
un lettré. En règle générale, lorsque l'on écrit un Evangile, on devient tout à coup
docteur ès lettres, le doigt fin, le regard inspiré. Ici, pas du tout. Matthieu écrit
péniblement. Caravage a tout mis en oeuvre pour que l'on sente l'épaisseur des
articulations, la lourdeur des mains, le poids des épaules, la manière de se "tortiller"
devant son bureau.
Ces mains, rudes, calleuses
savent à peine
tenir une plume.
L'ange qui l'inspire est à la
mesure de Matthieu.
Il n'est pas un ange pour lettré. Il est un ange pour batelier. Il a lui-même une tête de batelier. Malgré
la maladresse de Matthieu, on voit son bon vouloir et l'aspect tourbillonnant de l'ange est
d'autant plus miraculaire. Il apporte la révélation du Verbe à celui qui tente d'écrire.
Ce dialogue respire une immense tendresse, une émotion et une ferveur intense.
Le visage de Matthieu cerné par une peau rugueuse, une barbe sauvage, est
rayonnant par le regard de reconnaissance qu'il lui adresse.