Matthieu, lui seul voit un nuage descendant du ciel et du haut duquel un ange lui tend la palme du martyr.
scan du tout. Pourrait on installer une loupe?
Saint Matthieu connaît son martyre sur la place publique, à la sortie du bain. Pas une
place publique où le rose de la robe de la dame s'harmonise avec le pourpoint du
monsieur, non, une véritable place publique, avec des vieillards, des jeunes gens à
moitiés nus, le saint est renversé, agressé par un bourreau s'apprêtant à le
transpercer de son épée. Cet incident, parmi d'autres, provoque un grand désordre. En
quoi est-ce un miracle? Pour les spectateurs, il ne s'agit que d'un épisode de violence.
Ce n'est pas un miracle, c'est un banal incident, sauf pour celui qui meurt. Matthieu, lui
seul, voit un nuage descendant du ciel et du haut duquel un ange lui tend la palme du martyr.
Le bourreau, tendu par la violence de son action, les témoins marqués par l'angoisse,
l'inquiétude, la surprise, l'affolement, l'horreur, la résignation, l'indifférence, et
ce visage d'enfant criant son horreur et sa peur, ne comprenant pas ce qu'il voit ou
peut-être ne comprenant pas l'injustice de ce qu'il voit, dominent la composition, une
des plus troublantes que Caravage ait jamais peinte.
En haut, à gauche de la composition, un autoportrait de Caravage, protagoniste résigné
plus qu'affolé, peut-être celui qui a compris et qui nous rappelle que nous assistons à
une scène miraculaire.
Et puis, ce qui me paraît étrange, celui qui n'est pas concerné. Tout en haut, à gauche,
un splendide jeune homme richement vêtu, contemple l'agonie du saint avec un détachement amusé.