Pour l'Art - cycles des cours-conférences
automne-hiver 1985-1986
Les fastes du baroque et du rococo
Les hauts lieux du baroque déconcerte nt tout visiteur l'ampleur des chantiers, la hardiesse de la conception, la rigueur de la réalisation, laissent sans voix. C'est que, dira-t-on, le XVIIe fut le siècle du Soleil à son zénith par la grâce de Louis XIV, et qu'au XVIIIe brillèrent ces Lumières dont le règne de Louis XV fut comme auréolé. On en viendrait presque à oublier qu'en 1660, le roi ordonnait que soient brûlées Les Provinciales, et qu'en 1752, son successeur condamnait L'Encyclopédie! Faut-il en croire que les ténèbres sont proches parentes de la clarté? Peut-être Le Caravage l'avait-il pressenti en inventant, à l'aube du siècle, le clair-obscur, ce duel passionné du diurne et du nocturne, qui est le fondement même de la dramaturgie baroque.
Scénique au suprême degré, l e baroque, et plus tard le rococo, jouent en toute maîtrise sur la complémentarité des contraires le vide exalte le plein, le plein fait résonner le vide; la volute et les entrelacs font vibrer la pureté austère des horizontales et des verticales; la lumière exorcise l'ombre, l'or fait résonner le blanc jusqu'à l'incandescence.
Quinze étapes, placées sous l'égide de quinze oeuvres clés, nous feront ainsi parcourir l'Europe, de la Rome de Sixte-Quint aux folies des parcs de Frédéric II de Prusse, avec quelques escales privilégiées, insolites ou attachantes, telle la forêt de Bethléem, en pleine Bohême, où un sculpteur de génie donna visages d'ermites et d'ascètes à la tourmente des rochers, telle encore la villa Palagonia en Sicile, qu'un prince illuminé ceintura de légions de monstres ricanants et grimaçants.
Au passage, nous retrouverons ces maîtres absolus dont on oublie trop souvent qu'ils participèrent eux aussi à l'épopée de leur siècle, Zurbarán, Vélasquez, Poussin, Rembrandt ou Vermeer.
L'histoire du baroque et du rococo s'écrit aussi en lettres de feu...