
EGYPTE
Principaux sites concernés

Nous retrouvons Gleyre à Paris en mars 1838, où il ouvre un atelier Rue de l'Université. Son voyage en Orient a donc duré près de quatre ans, dont deux ans, trois mois et dix jours consacrés à la seule Egypte.
Plus tard, ayant repris la direction de l'atelier de Paul Delaroche où il formera, avec cette ouverture d'esprit, cette disponibilité qu'ont célébrées tous ses contemporains, des élèves aussi divers que Gérôme, Bazille, Monet, Renoir, Sisley, Whistler, Anker ou Bocion. Gleyre repensera sans doute souvent à la douceur des levers de soleil sur la vallée du Nil; mais il n'en parlera jamais ou presque. Son carnet de route, ses huiles, ses aquarelles, ses dessins et même ses esquisses, furent enfermés dans une méchante armoire de bois noir, devant laquelle il poussa un coffre massif. Parfois, levant un oeil sur le meuble, il disait à ses familiers "J'ai là tout mon voyage en Orient. Je vous le montrerais bien; mais il faudrait déplacer la commode".
A sa mort enfin, en mai 1874, on déplaça la commode. Son disciple et biographe Charles Clément eut alors la stupeur de recenser trente-deux compositions à l'huile et cent trente-quatre aquarelles et dessins, soit, sur un total de six cent quatre-vingt-trois numéros d'inventaire, un quart de la production de l'artiste.
Qu'il s'agisse des huiles, des aquarelles ou des esquisses à la mine de plomb, toutes les oeuvres de la période égyptienne de Gleyre témoignent des mêmes qualités de rigueur, de précision, mais aussi d'inventivité l'Orient semble avoir apporté à l'artiste tout ce qu'il avait recherché en vain en Italie, l'indépendance, et surtout ce goût de l'insolite qui ne fera jamais de lui un académique à part entière. L'empreinte dans le sable des pieds de sa Nubienne, ou l'ombre portée du rocher détaché par les sabots de ses Cavaliers turcs et arabes, tous deux au Musée de Lausanne, sont de ces audaces qu'un orientaliste, même de haute volée, un Gérôme par exemple, n'eût pas osées. De même, l'acidité des tons de son Ramesseum, ou la liberté des traits de sa Vue des Pylônes de Karnak, à Lausanne toujours, eussent sans doute profondément choqué les défenseurs de l'esthétique alors régnante. S'étonnera-t-on encore de la tolérance complice dont Gleyre sut entourer la plupart de ses élèves, les Monet, les Renoir ou les Sisley tout au moins, ceux-là mêmes qui allaient se lancer bientôt dans l'aventure de l'Impressionnisme?
Depuis peu, les temples de Philae ont été déplacés, et sauvés des eaux qui les menaçaient depuis près d'un siècle. Notre génération a donc su rendre hommage à la grande Isis, et à tous ceux qui surent entendre sa voix, à Vivant Denon, à Champollion et à Charles Gleyre.