En guise d'introduction cet extrait filmé en 1978 (format real audio). Pour une première approche de Tell el-Amarna nous vous proposons d'aborder les faits historiques: d'Amenophis III à Akhenaton (Amenophis IV) [pour en savoir plus].
En 1408 av. J-C., Aménophis III montait sur le trône d'Egypte. Quelque trente-cinq ans plus tard, il associa au trône son fils le prince Aménophis. Après quatre ans de corégence, Aménophis, devenu Aménophis IV, se distança de l'ordre immuable dont il avait hérité de ses pères: il changea son nom d'Aménophis en celui d'Akhenaton, et quitta Thèbes, la capitale officielle, pour fonder ailleurs un domaine et un ordre nouveaux. Il résida de 1366 à 1354 av. J.-C., soit douze ans à peine dans cette capitale éphémère qu'il avait baptisée Akhetaton. Il disparut ensuite ; aucun document jusqu'à ce jour n'a permis d'établir la date et les circonstances exactes de sa mort. Les données de l'histoire sont minces : heureusement, l'interprétation comparative des documents qui survécurent à la répression post-amarnienne permit aux spécialistes de percer certaines énigmes.
Vers 1425 av. J.-C., Thoutmosis IV, grand-père d'Akhenaton, avait épousé une princesse mitanienne, qui prit le nom égyptien de Moutemouïa dès son arrivée à la cour ; à quelques temps de là, en province, et pour être précis aux environs de l'actuelle Akhmîm, alors chef-lieu du neuvième nome de Haute-Egypte, un hobereau local, Youya, épousait Thouya, sa cousine. Installés à Thèbes quelques mois après leur mariage, Youya et Thouya y firent une enviable carrière de cour: Youya adjoignait à ses fonctions de prophète et d'intendant des Troupeaux de Min celles de lieutenant de la Charrerie et de préposé au Cheval du Roi : Thouya, elle, reçut le titre de supérieure du Harem d'Amon.
![]() XVIIIe DYNASTIE - Etude de sculpteur pour le profil d'Akhenaton Calcaire haut. 0,144 - Provenance indéterminée Berlin Ägytisches Museum |
![]() XVIIIe DYNASTIE- Tête d'une statuette de la reine Tiy - Schiste gris - haut. 0,072 Provient de la région du Sinai Le Caire Musée archéologique |
![]() XVIIIe DYNASTIE - Buste inachevé de Néfertiti - Grès - haut 0,292 - Provient de Tell el-Amarna- Berlin Ce buste, qui porte encore des repères d'artiste au pinceau, a été dégagé lors des fouilles de l'atelier de Thoutmès à Armana. |
![]() Tête en basalte noir représentant Amenophis III |
Le couple royal eut plusieurs enfants, dont l'un, le prince Aménophis, devint héritier du trône à la mort de son ainé. De leur côté,Youya et Thouya donnèrent le jour à un garçon, Anen, qui se consacra au sacerdoce, et à une fille, Tiy, célèbre pour sa beauté, son intelligence et son don rare de «lire dans le coeur de chacun». Lorsqu'il fut décidé de marier le jeune prince, Tiy lui fut offerte pour épouse. Les circonstances mêmes du mariage demeurent mystérieuses: pour les uns, Moutemouïa n 'aurait pas été la fille du roi du Mitanni dont parlent les textes, mais celle d'un certain Yey, lieutenant de la Charrerie et père de Youya ; cette hypothèse admise. Tiy aurait été la nièce de la reine, et à ce titre digne d'accéder au rang d'épouse royale. Pour d'autres, qui ne reconnaissent pas l'ascendance royale de la jeune femme, Aménophis aurait épousé Tiy par bravade, pour rompre avec la tradition qui obligeait les héritiers du trône à prendre pour épouse une fille de sang divin ; preuve en serait, à leur avis, qu'au lendemain des noces, Aménophis fit émettre une série de scarabées dits des noces où sont clairement indiquées les origines de la reine. Respect des contraintes familiales ou provocation, la question reste ouverte. En quelque trente-huit ans de règne effectif, Aménophis III et Tiy eurent de nombreux descendants: un héritier d'abord, Thoutmosis, qui mourut prématurément, puis, Aménophis, le futur Aménophis IV Akhenaton et Semenkhkare; des filles aussi, dont la princesse Sitamon; plus tard, Toutankhamon, qui devait succéder à son frère aîné, et Baketaton, la cadette, «chère au coeur de son père».
Prince héritier, puis corégent, Aménophis épousa, sept mois après sa majorité, la légendaire Néfertiti. Et là encore, un mystère: qui était-elle? D'aucuns veulent l'identifier à Tadouhipa, fille de Toushratta, roi du Mitanni; son origine étrangère se trahirait dans le nom égyptien qu'elle choisit en s'installant en Egypte, Néfertiti, la Belle qui est venue, sous-entendu d'ailleurs. Mais cette hypothèse, si séduisante soit-elle, ne résiste pas à un examen sérieux, car les documents signalent l'arrivée de Tadouhipa à Malagatta en l'an 36 du règne d'Aménophis III, soit bien après le mariage attesté de Néfertiti et d'Aménophis. Les tenants de l'orthodoxie préfereraient en faire une descendante tardive d'Amènophis III et de Tiy. Une princesse donc; car on se souvient que seule une fille de sang royal était jugée digne de s'unir à l'héritier du trône ; mais nulle part il n'est fait mention de Néfertiti en tant que fille de roi. Peut-on imaginer alors qu'elle était née du roi et d'une épouse secondaire? Pas davantage, car si sa mère avait été de haut lignage, Néfertiti n'aurait pas manqué, conformément à l'usage, de citer son nom dans les protocoles, ce qu'elle ne fit jamais. Force nous est donc d'admettre que Néfertiti n'appartenait pas à la famille régnante. Certaines représentations montrent la jeune reine en compagnie de sa nourrice Ti, épouse du Père Divin Ay ; si Ay, l'un des plus hauts personnages de la cour, reçut, en plus des innombrables titres honorifiques et fonctions qu'il cumulait, l'épithète de Père Divin, c'est sans doute qu'il donna le jour à un enfant qui fut associé à la lignée royale. De fait, tout nous porte à croire qu'Ay fut le père de Néfertiti. Le fait que Ti ne soit jamais appelée Mère Divine, mais nourrice ne met pas l'hypothèse en danger, car il est vraisemblable qu'elle fut la seconde épouse d'Ay et qu'elle joua auprès de la jeune reine le rôle d'éducatrice, de mentor. La découverte récente d'une chapelle consacrée par Ay au dieu Min dans la région d'Akhmîm nous permet de faire un pas de plus: le Père Divin était sans doute apparenté à Youya, et de très près ; la similitude de leurs deux carrières, et plus encore leur attachement commun au neuvième nome de Haute-Egypte, nous incitent à penser que Ay fut fils de Youya et donc frère de la reine Tiy. Sans être de sang divin, Néfertiti serait du moins alliée à la famille régnante par son père, puisque nièce de Tiy ; son mariage avec l'héritier du trône serait donc en tous points conforme aux usages égyptiens. Six filles naquirent de leur union: Méritaton, qui épousa un frère d'Aménophis IV, le prince Semenkhkare, Maketaton, morte au seuil de l'adolescence, Ankhesenpaaton, que l'on donna en mariage au prince Toutankhaton. et qui devint plus tard reine d'Egypte sous le nom d'Ankhesenamon. Néfernéferouaton-Tasheri, Néfernéferoure et Setepenre enfin, dont nous ignorons tout.