Aperçu : les jardins enchantés de la Renaissance

Les jardins que nous allons découvrir sont des jardins pour signifier. Nous allons visiter trois jardins de la Renaissance [pour en savoir plus].
Trois jardins maniéristes parmi les plus beaux de l'Italie: Tous trois sont situés dans les environs de ROME (PLAN ). Nous allons aborder ensemble ces propriétés extraordinaires que se sont faits construire, à travers toute l'Italie d'abord, et toute l'Europe ensuite, les Princes de la Renaissance. Ces jardins étaient, pour ces princes, beaucoup plus que des retraites privilègiées. C'était l'occasion de mettre à trois dimensions et sous forme de parcours initiatiques, un résumé de la pensée de leur siècle et une forme de synthèse des aspirations de leur temps. Ces jardins avaient beaucoup plus de gravité que nous leur en accordons aujourd'hui. Je vais essayer de vous montrer que ces jardins de la Renaissance italienne, qui ont l'air d'être des jardins de plaisir uniquement, sont en fait des jardins initiatiques. Je les ai classés dans un ordre justement initiatique. En partant du plus simple, en allant au plus complexe. Ainsi, en fin de parcours, vous serez, je l'espère, assez familiarisés avec cette idée d'initiation, pour saisir sa véritable portée, son sens profond.


Depuis que l'homme est homme, on oserait presque dire, avant que l'homme soit homme, les jardins existaient.

Je ne citerais que le jardin d'Eden qui, après tout, est le lieu dans lequel l'homme est né. Il préexistait à l'invention d'Adam et Eve.

On parle des jardins de Sémiramis, des fameux jardins suspendus de Babylone. Un jardin égyptien pharaonique a laissé des traces. C'est celui qu'avait dessiné le pharaon Toutmosis III dans l'enceinte même du temple de Karnak.
Plus près de nous encore, on connaît dans la littérature, les splendeurs des jardins des mécènes de Tivoli, contemporains de l'empereur Néron. Ces jardins étaient considérés, au point de vue du goût, comme ce que l'on pouvait imaginer de plus grand, de plus beau, de plus noble.Ce qui fait que l'empereur Néron, jaloux, s'en était fait dessiner de plus beaux encore. Ils ornaient la Domus Aurea. Ils se situent sous le parking du Colisée aujourd'hui.
Vous avez probablement entendu parler des jardins que l'impératrice Théodora avait fait dessiner pour son époux Justinien, à Byzance.
Les jardins des monastères de nos grands 12ème, 13ème et 14ème siècles étaient le lieu de séjour privilègié de la Vierge. Sous le nom de Ortus Conclusus, le jardin fermé abritait le miracle même de l'incarnation.
Plus près encore, les jardins de Versailles, Schönbrun, Charlottenburg, Nüfenburg, marquent les grands moments de l'art du jardin.
Vous l'avez remarqué, je n'ai parlé que des jardins occidentaux. J'omets ceux de la Chine, du Japon, de l'Inde mogole. Partout où l'homme est homme, il se prend du besoin de redessiner, de recréer le monde. Un monde plus beau, plus pur, plus parfumé, plus coloré. Le jardin est probablement le lieu où s'appréhendent le mieux les espoirs d'une civilisation.

En fait l'homme se définit par son jardin. La destination d'un jardin change de lieu en lieu, de civilisation en civilisation.

  • Il y a des jardins pour cultiver les fleurs. Ce sont les nôtres. Celui de Candide de Voltaire aussi. Ce sont les parcs. Versailles en est un bel exemple.
  • Il y a les jardins pour chasser. Dans les alentours de Naples, ne manquez pas d'aller voir le château de Caserte, dont le parc fabuleux fut un lieu de chasse principalement.
  • Il y a des jardins pour méditer. C'est le cas de la plupart des jardins japonais; jardins de monastères Zen. Il y a des jardins à contempler comme des oeuvres d'art. C'est le cas des jardins de la Chine classique, notamment ceux de Sou Tchao.
Première étape de l'initiation: Le bois sacré. Le bois des monstres Bomarzo

Les jardins de la résidence sont l'oeuvre de Vincino Orsini; Duc de Bomarzo, il est né en 1528 et mort en 1588. Humaniste lettré, il s'intéresse aux Arts, les protège. Il consacre sa vie au bonheur de sa maison et de son épouse, Julia Farnèse. C'est à la mort de Julia Farnèse qu'il crée l'enseignement de ce jardin.
Il donne à ce jardin non pas le titre de jardino, mais de Bosco Sacro, Bois Sacré ou Bosco dei Monstri, Bois des Monstres. Il faut entendre monstre dans le sens du latin monstrare, ce qui montre et démontre. Cela veut donc bien dire que de passage en passage, d'étape en étape, chaque élément est l'élément d'un immense poème, très néo-platonicien, à l'amour perdu de son épouse.
Pour construire ce jardin, il fait appel a l'un des plus grand jardinier, architecte de son temps, Pirro Ligorio. Tous les Princes d'Italie vont le visiter ainsi que d'innombrables voyageurs étrangers.
Malheureusement, comme la plupart des jardins de la Renaissance, l'oeuvre a été abandonnée. Quand on y est retourné, au début de notre siècle, les arbres avaient tout envahi, tout s'écroulait à moitié et le jardin n'en avait qu'un ton plus fantastique encore. C'est l'époque où, André Pieyre de Mandiargue y est allé et a écrit un texte sublime sur le jardin endormi de Bomarzo. Les Surréalistes Salvador Dali et Cocteau en parlent énormément.
Bomarzo est à la mode. Bomarzo renaît. Vous êtes invités à continuer cette initiation en découvrant les jardins de la Villa Lante et de la Villa d'Este.