A la Renaissance, créer un jardin nécessite la présence de trois personnages au moins.
Le premier personnage est le propriétaire, le mécène.
Celui-là possède le pouvoir social, politique, économique. De lui dépend la grandeur, la beauté, la
complexité du jardin et des merveilles que l'on va y placer.
Le second personnage est ce que l'on appelle, à l'époque, l'ingénieur.
Aujourd'hui nous l'appellerions le dessinateur -paysagiste. Il est celui qui va traduire ce que veut le mécène en adaptant
son budget à celui du mécène. Il doit tout faire. Créer ou raser une colline. Il doit terrasser
de façon à supporter de gigantesques statues, des grottes artificielles. Il doit trouver la pierre pour tailler les
statues, trouver la pierre pour construire les grottes. Il a la responsabilité du travail pratique.
Le travail d'un ingénieur est terrifiant. Il commence sa carrière pour un cardinal romain. Il la terminera peut-être
pour un grand duc de Toscane ; mais, de toute façon, ce qu'il aura fait pour le grand duc de Toscane doit éclipser à
tout jamais ce qu'il avait fait pour le cardinal romain. C'est la fuite en avant du " toujours mieux," qui est très
important à la Renaissance.
Une émulation extraordinaire pour surprendre, stupéfier, ravir, émerveiller.
Le troisième personnage est le personnage clé: l'humaniste.
C'est le savant, l'érudit, l'homme de lettres, l'homme de sciences qui va concevoir le jardin.
L'humaniste va créer le programme, la scénologie du jardin.
Le metteur en scène de jardin est un poste qu'ont
occupé des personnages extraordinaires.
Policien, le plus fameux humaniste et chercheur de son temps,
ne dédaigne pas de créer des jardins pour les Médicis.
Léonard de Vinci en a créés. Andrea Mantegna, à Mantoue, également.
Création sur le plan d'une philosophie de l'esprit et des formes sans laquelle un jardin, à cette époque, n'existerait pas.
Un jardin est le lieu privilégié, dans lequel, trois êtres doivent s'immortaliser;
C'est donc un triple pari. Ce triple pari s'illustre sous le biais d'une sorte d'urbanisme, de mise en espace de symboles dont le message final doit être évident.
Botticelli, Ange Policien, Jean Pic de la Mirandole et Marsile Ficin avaient l'habitude de se réunir dans les villas médicéennes, d'y suivre leur mécène, Laurent le Magnifique, et d'en partager les méditations. L'itinéraire tracé jadis dans le " Combat en Songe par amour de la Sagesse" s'ébauche au gré des promenades. Les idées de " Poliphile " ont trouvé dans les jardins de Laurent de Médicis une illustration poétique.
Vous entriez vierge dans un jardin, vous deviez en sortir initié.
A chaque jardin correspond son initiation.
Voilà le but des jardins de la Renaissance.
Pour illustrer ce texte, j'ai choisi deux oeuvres d'art.
Le dernier panneau de LA LICORNE.

Tapisserie exécutée au début du règne de François 1er, conservée au musée des
Cloîtres de New York.
Mon second exemple :
"LE PRINTEMPS " de Sandro Botticelli.

Musée des Offices, à Florence.
