La Contre-Réforme a renouvelé le culte de Joseph, un peu oublié jusqu'alors, on lui a consacré des textes et les peintres se sont emparés du sujet. Le propos est donc naturel pour l'époque; aucune originalité ne marque ce thème. Il prend place dans les préoccupations du temps, très attaché à l'enfance du Christ, et à cette forme de piété.
Un jeune enfant, aide son père, charpentier.
Le vieil homme, courbé sur son effort, fait face à l'enfant, immobile, le visage baigné de lumière. La flamme qu'il porte pour éclairer le travail de l'adulte l'éclaire lui-même. Cette lumière le rend irréel et la transparence invraisemblable de la main rend cette présence encore plus surnaturelle. La simple scène d'atelier devient une scène divine, en ceci que la lumière tranfigure cette banale réalité.
Cette mise en scène de deux personnages seulement, constitue une nouvelle fois une prouesse d'intelligence. Joseph, appuyé lourdement sur son foret, la flamme et la jambe de l'enfant dessinent un ensemble de verticales sur lesquelles nous voyageons en va-et-vient de haut en bas du tableau. Mais la lumière nous appelle, et, de la tête de Joseph nous basculons vers le fils. Et sa présence lumineuse, droite et attentive, donne à la scène sa stabilité définitive.
La maîtrise technique extraordinaire de Georges de la Tour apparaît par exemple dans le détail de la tête du Saint. Le visage buriné est livré avec une sûreté de moyens extraordinaire. La barbe, traitée avec une liberté étourdissante dépasse infiniment le réalisme méticuleux du XVIIe siècle. En exagérant à peine on y découvre tous les maîtres à venir, la légèreté de Corot ou l'envol du pinceau de Turner !