Contexte historique

Nous sommes en 1635, époque où à Rome, règne sur le trône pontifical Urbain VIII Barberini, un des plus grands papes de l'histoire de son siècle, 232e successeur de Pierre et pape de l'apogée du Baroque, puisque, piètre pontife peut-être, mais grand urbaniste, grand architecte et grand mécène, il fera de Rome une ville fabuleusement moderne, en tout cas une ville telle que la nouvelle morale de l'art, la nouvelle morale éthique de l'art l'exige en son temps.

Maintenant, il faut glisser de Rome à Paris, parce que c'est en France que nous nous trouvons aujourd'hui. A Paris, il n'y a pas de pape, mais un roi, Louis XIII, fils de Henri IV et de Marie de Médicis. Louis XIII règne sur la France, roi étrange, souvent mal servi par l'histoire et les historiens, parce qu'on a toujours du mal à admettre qu'un homme ait été malheureux quand il est une figure historique.

Louis XIII a été un grand roi, mais un roi infiniment malheureux. Il avait devant lui trois ennemis jurés, ses comparses les plus proches. Le 1er ennemi, et peut-être le pire était sa propre épouse, Anne d'Autriche, qui passera son temps à contrecarrer la politique de son époux. Un autre ennemi, son propre frère, Gaston d'Orléans, prétend à la légitimité du trône de France si Louis XIII ne donne pas de Dauphin au royaume. Le 3e ennemi, et le collaborateur à la fois, est Richelieu, qui exerce un pouvoir absolu et gouverne non seulement la France, mais l'Europe.

Louis XIII, ce personnage secret, muet, dont le visage ne cillait jamais est entouré de trois meutes, l'une menée par son épouse, l'autre par son frère, et la troisième, la plus puissante par son premier ministre.

Sur le plan politique, nous sommes dans une époque d'immense opacité - c'est le mot du siècle - on ne sait jamais comment les choses vont tourner, ce que le roi va décider; on ne sait jamais si Richelieu va suivre le Roi ou au contraire le contrecarrer. Grande opacité politique, et, par compensation, immense transparence culturelle et spirituelle. Il est très curieux de constater que souvent, dans les villes aussi importantes que l'était Paris, au moment des pires marasmes politiques, éclosent des fleurs d'une pureté absolument extraordinaire.

Quelques exemples pour que nous nous rendions compte de cette transparence spirituelle. Nous sommes au moment où l'Abbé de Saint-Cyran est devenu confesseur et directeur de conscience de Port-Royal. Le mouvement de Port-Royal s'inaugure en ces années-là. Nous sommes à l'époque où St-Vincent de Paul, qui n'est pas encore saint, fonde, avec Louise de Marillac les Filles de la Charité, un des premiers ordre de don de soi absolu aux déshérités. Nous sommes à l'époque, enfin, où l'un des plus grands théologiens de l'histoire, Moïse Amireau, publie son ouvrage célèbre sur la prédestination, lequel aura un immense impact sur la spiritualité de la Contre-Réforme surtout dans les millieux français.

On trouve ainsi deux ambiances qui sont conjuguées dans l'histoire du Paris de ce temps-là : l'opacité qui entoure le Palais et en contre-point, la clarté, la luminosité, la tranparence qui entoure les cathédrales et les églises.

Pour que nous ne voyions tout de même pas dans l'histoire du XVIIe siècle que cette dualité entre opacité et transparence, il faut encore rappeler trois faits importants. Nous sommes en 1635, année de la fondation de l'Académie Française, année où Corneille écrit Le Cid, où Descartes rédige le Discours de la Méthode. Ces trois événements montrent aussi que la scène du monde, l'oeil du monde s'est déplacé; de l'Italie, il se porte maintenant vers la France, et c'est en France que l'histoire va vibrer pendant des décennies.

Mais les remous de l'histoire seront tels qu'ils produiront nombre de tempêtes et qu'au gré de ces événements, les oeuvres et l'identité même de Georges de La Tour auront disparu dans un anonymat total. Ce n'est que trois siècle après la création de cet énigmatique regard que son auteur retrouvera la lumière, et sa place au coeur du patrimoine artistique du XVIIe siècle, parmi les plus grand maîtres de la peinture.

 

Le chemin de cette renaissance s'échelonne en quelques dates clés.