FONDATION JACQUES-EDOUARD BERGER:À la rencontre des Trésors d'Art du Monde

Sandro Botticelli - Lausanne, 9 novembre 1993 - Conférence de Jacques-Edouard Berger

Allégorie de la Force, 1470
 
C'est ce tableau qui a donné ses chances à Botticelli et lui a valu une aura presque surnaturelle qu'il est peut-être le premier de la Renaissance à avoir eue : celle de "fils chéri des dieux", de "prodige divin". Cette forme d'auréole, de mandorle qui a entouré Botticelli lui a apporté une notoriété qui n'a jamais failli jusqu'à aujourd'hui. C'est le premier tableau d'un très jeune peintre que tout Florence est allé voir et qui a profité de conditions publicitaires assez extraordinaires. Ce tableau allégorique mesure 1.75 m. de haut et a été peint pour servir de dossier à une chaise. L'un des grands tribunaux de commerce de cette Florence commerçante de la Renaissance, le Tribunal de la Mercanzia, a rafraîchi ses locaux, commandé de nouvelles stalles et il a eu l'idée, très Renaissance d'ailleurs, d'en orner les hauts dossiers de compositions peintes représentant les grandes vertus. Et c'est à Botticelli tout jeune que l'on a commandé la vertu présidentielle : la Force. Lorsque le tribunal a été dissout en 1771, l'oeuvre a passé à l'Accademia où elle a traîné dans les greniers, de là aux Offices où elle est restée dans les dépôts et, en 1863 seulement, on l'a retrouvée et exposée où elle est aujourd'hui : au milieu des chefs-d'oeuvre de la première Renaissance. Curieusement, elle ne se trouve pas encore parmi les autres oeuvres de Botticelli que possède la Galerie des Offices, trois salles avant, mais dans l'ensemble des sept dossiers où nous la remettrons en place tout à l'heure.

Nous sommes en 1470 à Florence. Il s'est passé moins de cinquante ans depuis la conférence de la semaine dernière et pourtant le monde a tourné presque complètement et nous allons reprendre, comme d'habitude, les chapitres de l'histoire occidentale et orientale pour situer ce qui se faisait exactement pendant que Sandro Botticelli peignait la Force.
 
 
 
Gazette du monde en 1470 : en France, en Angleterre, en Espagne, dans l'Empire ottoman, en Chine, au Japon.

Il reste la page de Florence et des Médicis que nous allons ouvrir maintenant, avant de nous consacrer à sa biographie, à deux commandes : fresques de la Villa Lemni et celles de la Chapelle Sixtine. Nous reviendrons ensuite à l'Allégorie de la Force puis aborderons son oeuvre : les oeuvres religieuses, dont la Nativité mystique, et les oeuvres profanes, notamment la Naissance de Vénus et le Printemps, sans oublier l'Histoire de Nastagio degli Onesti. Nous admirerons enfin les dessins qui nous amèneront à la conclusion de notre conférence d'aujourd'hui sur Sandro Botticelli.