Florence et les Médicis
Elle était une république sous Masaccio, elle ne l'est plus tout
à fait sous Botticelli : les Médicis ont réussi à
prendre le gouvernement de Florence, sinon le pouvoir. Nous sommes sous le plus
grand des trois, Laurent le Magnifique.
La dynastie a été fondée
par Cosme l'Ancien et son épouse Contesina de Bardi. Ils ont eu entre
autres un fils : Pietro appelé, à cause d'une forme d'arthrite
précoce, Pierre le Goutteux. Devenu maître de Florence, Pietro
avait épousé l'admirable Lucrezia Tornabuoni, l'une des plus
belles figures que l'histoire de la sculpture et de la peinture nous ait léguée.
Ils ont eu des enfants, parmi lesquels celui qui règne maintenant : Lorenzo,
celui que l'on appelle Laurent le Magnifique. Laurent aura deux épouses
successives : la première Philippine, bâtarde de Savoie, cela allait
encore quand Laurent était seulement Laurent, cela n'allait plus quand il
est devenu le Magnifique. Philippine a été remerciée par le
seigneur et Laurent a épousé Clarisse Orsini, magnifique liaison
dynastique Orsini-Médicis, de nouveau deux pouvoirs qui se conjuguent
admirablement. Ils auront trois enfants principaux, le premier Pierre II,
appellé Pierre le Proscrit et qui mettra fin aux grands Médicis
en étant bêtement chassé de Florence. Le deuxième
est Julien, plus connu sous le nom de Duc de Nemours qui a laissé de
grandes traces dans l'histoire notamment de la littérature et de la littérature
française. Le troisième s'appelait Jean, le plus glorieux des trois car il
deviendra l'un des grands papes de la Renaissance sous le nom de Léon X.
Nous sommes à l'époque des fameux trois
premiers Médicis qui tissent, avec une sûreté de jugement absolument
formidable, la toile de leurs alliances et de leurs intérêts pour asseoir de
mieux en mieux Florence qui est vraiment en train de devenir ce que Laurent voulait : la
nouvelle Alexandrie, c'est-à-dire véritablement le phare du monde.
En fait, lorsque Pietro s'est retiré du pouvoir, il l'a légué non
pas à Laurent mais à ses deux fils, Laurent et Julien, tous deux portant
le titre de "principi estate", de prince d'Etat. Laurent ne régnera
seul que plus tard, après avril 1478, date de la conjuration terrifiante où
l'on tentera d'assassiner les Médicis en plein Dôme. Laurent pourra s'enfuir
grâce à une porte de sacristie non fermée mais Julien y laissera sa vie
et, à partir de cette date, Laurent le Magnifique sera le seul maître de Florence
et présidera aux destinées de Florence jusqu'à sa mort le 8 avril 1492.
Portraits des Médicis
Petite galerie de ces personnages dont les visages sont parfois inattendus :
| Cosme l'Ancien
Ce portrait est probablement le seul qui ait été fait très peu de
temps après la mort de Cosme. On pense n'avoir aucun portrait fait de son vivant
car il s'y refusait. On a donc des portraits posthumes qui, le temps passant,
s'idéalisent. Celui-ci doit certainement être assez proche de l'original. Il
est sculpté par un artiste florentin anonyme dans un marbre blanc, si blanc
d'ailleurs qu'il est assez funèbre. C'est un portrait votif du père de
la grandeur des Médicis, Cosme dans sa vieillesse,
oeuvre superbe conservée à Berlin au Dahlem.
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| Pierre le Goutteux
Non seulement il était goutteux mais, en plus, il n'était pas très
beau et c'est d'autant plus extraordinaire qu'il ait épousé Lucrezia
Tornabuoni qui est l'une des plus belles femmes de tous les temps. Conservé
au Bargello de Florence, ce portrait de Pierre le Goutteux est encore très
médiéval par son assise et il est aussi l'un des seuls portraits
"authentiques" que nous ayons de Pierre.
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| Laurent le Magnifique
En général, on est un peu déçu la première fois
que l'on voit une effigie du Magnifique, parce qu'on l'attend magnifique et, en plus,
on nous l'a toujours montré dans la fameuse fresque de Benozzo Gozzoli, le
Cortège des Rois Mages, le plus beau et le plus rayonnant de tous, en blanc
sur son cheval blanc, mais Gozzoli a peint un Laurent complètement
idéalisé. Laurent était un personnage au physique taillé
à la serpe, volontaire, et ses effigies nous le montrent tel. Celle-ci est
au Bargello et due peut-être au même artiste que celle que nous venons
de voir de son père Pierre le Goutteux.
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| Un autre portrait de Laurent pour que nous le connaissions un peu mieux puisque nous
sommes sous son règne ce soir, conservé à Berlin au Dahlem.
L'artiste a fait tout ce qu'il a pu pour améliorer les choses.
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Le portrait le plus vrai des trois, entre celui taillé à la serpe
de tout à l'heure et l'idéalisme du précédent. Cette
médaille à l'effigie de Laurent le Magnifique est due à
un élève de Pisanello et conservée au Bargello. On remarque
un visage extrêmement aigu, marqué, volontaire, formidablement
intelligent; mais quand on a lu les poèmes de Laurent, constaté
cette délicatesse d'âme très néo-platonicienne qui
est la sienne, on est toujours surpris lorsqu'on est confronté à
son portrait pour la première fois.
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Dans cette époque de grande célébration, les artistes,
les sculpteurs comme les peintres se mettent au service de la dynastie et de
ses alliés. Nous allons voir quelques portraits de
grands Florentins de cette époque.
Naturellement, Botticelli a été peintre auprès des
Médicis et ils ont souvent fait appel à lui pour des portraits
qu'on envoyait à travers tout l'Occident.
| Gianlorenzo
de Médicis
C'est peut-être la première oeuvre jamais commandée à
Botticelli et, d'après le costume et la coiffure, ce portrait doit dater d'au plus tard 1468.
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| Gianfrancesco de
Médicis
Portrait peint un tout petit peu plus tard, aux environs de 1470-1471. Gianfrancesco
mourra à l'âge de 16 ans dans une simulation de duel. Il aurait laissé
le souvenir de l'un des jeunes gens les plus caustiques de toute la cour de Florence.
Botticelli semble l'avoir admirablement servi d'ailleurs.
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| Portrait anonyme
Un personnage irritant parce que nous ne savons pas qui il est. La seule chose que
l'on puisse dire, c'est qu'il met bien en évidence une médaille où
on reconnaît le profil de Cosme de Médicis. Ou bien c'est un bâtard
de Cosme, une des hypothèses des historiens d'art, ou c'est plus prosaïquement
le médailleur. C'est cette explication qui tente à prévaloir aujourd'hui,
mais elle devient intéressante quand on sait que le médailleur pourrait
être le frère de Sandro. Il est très possible que nous ayons là
un hommage à son frère par le biais des Médicis.
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| Julien de Médicis
Botticelli a fait peu de portraits et beaucoup d'autres oeuvres. Ce dernier portrait
montré ce soir est l'un des orgueils de la National Gallery de Washington. Ce
tableau a quelque chose de très émouvant : dans la plupart des portraits
qu'il a peints, comme dans la plupart des portraits que les Florentins ont peints
à cette époque, Botticelli résumait le fond à simplement
une couleur de mur ou un ciel. Il est très rare que dans les dernières
trente années du 15e siècle, on place à Florence le modèle
devant un paysage ouvert; cela se faisait à Urbino avec Piero della Francesca,
mais pas à Florence où le personnage était vraiment dans sa
maison. Chez Botticelli, c'est un détail des plus frappants. Or, il faut
remarquer que Botticelli a peint Julien devant une porte entrouverte qui, dans la
symbolique humaniste très complexe de la Florence de cette époque,
est le symbole de la mort, du passage de la vie terrestre dans la vie de l'au-delà.
On pense, et cela double l'intérêt du portrait, qu'il a été
commandé par Laurent sitôt après l'assassinat de Julien. Cela nous
aide à le dater : probablement de la deuxième moitié de mai 1478.
Si on accepte cette explication, ce serait l'une des oeuvres de Botticelli dont on peut
dater l'exécution de la façon la plus pointue.
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