Deux fresques à la Villa Lemmi
Quelques années après le tournoi, une commande très flatteuse de la famille des Tornabuoni amène Botticelli jusqu'à leur villa hors les murs, la Villa Tornabuoni, aujourd'hui Villa Lemmi. A la loggia, ils lui font peindre deux fresques car leur fils, Lorenzo Tornabuoni, vient de se marier avec Giovanna Albizzi, une fois de plus c'est un de ces mariages très florentins où personne ne perd rien. Comme la grande cérémonie se passera à la loggia de la villa, il faut la décorer et on demande le décor à Botticelli.
Giovanna rendant hommage à Vénus et aux Grâces
Dans les Grâces notamment,
il y a déjà tout ce sens de la rondeur, de la sinuosité de la ligne qui fait
vraiment de la peinture de Botticelli une peinture divine.
Lorenzo reçu par le cortège des Arts Libéraux
Sandro Botticelli est l'un des premiers de la Renaissance qui ose nous montrer des personnages de face, de
trois-quarts, de dos même et nous donne l'impression de cet aréopage étrange vers
lequel semble être poussé cet austère jeune homme. Fresque admirable, ne serait-ce
que par la rigueur du profil splendide
du jeune homme et aussi par les détails des Arts Libéraux où l'on retrouve ce
sens de l'évanescence, de la danse de la ligne qui permettent même à des images
aussi sévères que les représentations
des Arts Libéraux d'avoir une
aura divine tout à fait extraordinaire.
Ces fresques ne sont pas en très bon état car, très peu de temps après le mariage, elles ont été chaulées en blanc, ce type de décor n'était pas fait pour durer. Combien d'oeuvres des grands Vinci, Mantegna et autres avons-nous perdues parce qu'elles étaient des oeuvres de fête? En toute bonne foi on les a simplement chaulées pour changer le décor. C'est en 1863 seulement que la famille Lemmi qui avait hérité cette villa de la famille Tornabuoni, faisant des travaux, a découvert qu'il y a avait quelque chose sous la chaux. On a fait venir l'antiquaire Birnari qui a vu que cela devait être bien et a proposé de racheter : il avait reconnu que c'était Botticelli. Il a voulu faire vite pour que les héritiers ne se rendent pas compte avant la fin des travaux, il a fait décaper et détacher les fresques tellement mal qu'il en a perdu plus de la moitié. Et il mettra près de onze ans pour réussir à vendre ces fantômes de Botticelli. C'est le Musée du Louvre qui les achètera.