Fresques de la Chapelle Sixtine
Autre commande, sacrée celle-là, qui nous montre l'aura sociale que prend Botticelli. A Rome, le pape Sixte IV vient enfin de finir sa chapelle construite entre deux ailes du Palais du Vatican pour les unifier, chapelle "rabibochée" dont l'architecte lui-même est fort mécontent, mais le souverain pontife est ravi parce qu'il a enfin sa chapelle à laquelle il donne son nom, la Chapelle Sixtine.
Cette chapelle est désespérément blanche et Sixte IV décide d'appeler les meilleurs artistes pour l'orner. Les meilleurs artistes de cette époque ne sont pas à Rome, on sait qu'ils sont à Florence. Le pape fait venir Rosselli en tête, grande gloire de la peinture de cette époque, un peu plus jeune : Ghirlandaio, beaucoup plus jeune : Botticelli et, encore plus jeune : le Pérugin. Tous les quatre, trois Florentins plus un habitant de Pérouse, se rendent à Rome pour travailler une année à décorer non pas le plafond de la Sixtine qui reste obstinément bleu avec des étoiles dorées à cette époque, mais les murs latéraux dont le souverain pontife a fixé le programme : des histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament, mises en regard les unes des autres de façon à ce que l'Ancien Testament prophétise et révèle le Nouveau Testament et donc que l'évidence christique soit déjà retrouvée dans les grandes scènes de l'Ancien Testament.
Les quatre jeunes artistes se sont quasiment tirés les sujets au sort. En neuf mois, Botticelli a exécuté trois panneaux à fresque dont le plus petit mesure 11 mètres de longueur. C'est dire que, chez Lippi et chez Verrochio, il avait appris son métier. Nous allons voir ces trois fresques qui sont très laborieuses de sujet.
La Tentation du Christ

En une série d'épisodes séquentiels, on voit les moments de la
tentation du Christ parmi lesquels le moment culminant : au sommet du temple, Satan
montre au Christ le monde en lui disant "Tout cela t'appartient". Au passage,
par groupes, sont représentés d'autres moments de cette tentation du Christ
qui se termine lorsque, enfin maté, Satan préfère se jeter du haut
des rochers plutôt que de continuer à assister à la ferveur du Christ.
Selon un récit un peu médiéval encore, celui de juxtaposer plusieurs
histoires en une même scène quitte à la rendre relativement touffue,
ce qui est le cas, Botticelli raconte les Tentations du Christ. Admirons un détail
de l'adoration de l'eucharistie, la grande scène centrale avec
une figure admirable : la
porteuse
d'offrandes où l'on retrouve les Grâces de la Villa Lemmi de tout à
l'heure et qui annonce déjà les Grâces du Printemps.
Les Epreuves de Moïse

Cette fresque est tout aussi complexe et laborieuse. On reconnaît le buisson ardent
qui représente la rencontre de Moïse et de l'Eternel, les filles de Jéthro,
la préparation à la montée au Sinaï avec Moïse qui
se déchausse, Moïse frappant un Egyptien car il ne sait pas encore qu'il
n'est pas égyptien. Tous ces épisodes de l'histoire de Moïse
convergent autour de ce noeud central qui est le puits de Jéthro, avec les
deux figures des
filles
de Jéthro tout en blanc et, de nouveau, cette transparence liliacée
par laquelle nous voyons l'orientation qui continue chez Botticelli de cet art infiniment
élégant et délicat.
La Punition des Rebelles

C'est certainement la fresque la meilleure. Le prêtre Aaron a été
défié par trois rebelles qui ne veulent plus entendre parler de son
autorité et lui proposent de faire un sacrifice double : les rebelles feront le
leur, Aaron fera le sien et on verra lequel l'Eternel accepte. Bien entendu, c'est la
fumée du bûcher de Aaron qui monte tout droit, les flammes du sacrifice
des rebelles les enflamment par terre. Histoire superbe, très vive de récit,
c'est une des premières fois que Botticelli se lance dans un récit parfaitement
dynamique d'attitude et même de mimique des personnages. Le tout est unifié
par un superbe paysage, le plus réussi de tous, paysage unifié encore par
cette copie quasiment conforme
de l'
Arc de Constantin que
Botticelli a introduit dans cette scène, vision presque entièrement archéologique
du monument romain sur un arrière fond de lac et de montagnes qui donne à l'ensemble
une vigueur et une puissance exceptionnelles.