Biographie de Sandro Botticelli

Elle sera très restreinte, nous n'utiliserons que ce qui est nécessaire pour la compréhension de ce qui va suivre. Il est né en 1445 à Florence dans la paroisse d'Ognissanti où il sera déclaré comme Alessandro, fils de di Mariano Filipepi. Chose assez curieuse, son père a 50 ans et sa mère 40 ans, c'est très vieux et cela lui collera à la peau parce que Sandro Botticelli sera toujours un homme de santé extrêmement fragile auquel tous les médecins diront qu'il est né trop tard de parents trop âgés. Nous savons que son père a profité de sa naissance pour réinscrire dans les livres de la paroisse ses autres enfants et nous apprenons ainsi que Sandro est son quatrième enfant et, par chance, le quatrième fils. Tous vont réussir admirablement : l'aîné s'appelle Giovanni et sera courtier de banque à Florence; le deuxième, Antonio, sera orfèvre; le troisième, Simone, fera presque toute sa carrière à Naples au service de la famille florentine des Rucellai dans le commerce du drap avec l'Espagne. Et Sandro est donc le petit dernier. La famille de Botticelli est bien loin de la médiocrité et de la misère. Les historiens d'art du 19e siècle voulaient nous faire croire que Botticelli était sorti de rien pour devenir un dieu de la peinture, ce qui est inexact. Il vient d'une très bonne bourgeoisie. Il est donc déclaré sous le nom d'Alessandro dont on fera Sandro et, durant toute sa vie, on dira toujours "Sandro bello a mal sacro", "Sandro qui est beau mais malsain" parce qu'il aura toujours ce côté étiolé.

Quand à son nom, pourquoi Botticelli? Là aussi, il y a plusieurs hypothèses, il s'appelle Filipepi pourquoi ne le connaissons-nous pas sous ce nom? Deux explications paraissent possibles, une des deux est vraie, nous choisirons selon nos affinités. Son frère aîné Giovanni, le patriarche de la famille, était énorme, d'une obésité fabuleuse et il avait reçu le surnom de "botticella" ce qui veut dire "tonnelet" en toscan. Ceux qui sont près de "botticella" sont des "botticelli" et c'est de là que viendrait le nom de Botticelli, c'est possible. La deuxième explication est certainement plus vraie : le deuxième fils de la famille est orfèvre et une de ses prérogatives est de battre l'or. On sait que dès que Botticelli aura 14 ans, son frère Antonio l'utilisera pour l'aider à battre l'or. Or, batteur d'or se dit "battigello" qui serait devenu, petit à petit, Botticelli, c'est aussi possible.

Sandro di Filipepi dit Botticelli décidera de devenir peintre. Il fera sa formation chez le meilleur peintre de Florence à cette époque, Filippo Lippi, et son perfectionnement chez Andrea Verrocchio, l'auteur du buste de Lucrezia Donati que nous avons vu tout à l'heure. Enfin, en 1470, il s'estime assez peintre pour pouvoir commencer tout seul et c'est à ce moment-là qu'on lui commande, par une chance extraordinaire, la fameuse Allégorie de la Force que nous avons vue et que nous allons revoir. Cette Allégorie de la Force va naturellement le lancer. Tout Florence viendra la voir et on admirera ce peintre. Les grandes familles florentines qui courent toujours derrière de jeunes artistes qui puissent contribuer un peu à dorer leur blason, se pressent chez lui pour faire peindre qui une madone, qui une Sainte Elisabeth, qui un Saint Augustin. C'est une période de travail presque à la chaîne durant laquelle Botticelli fait des peintures de petites dimensions par lesquelles il se pose dans la société florentine.

Il obtiendra son brevet le 28 janvier 1475 à 10 heures du matin : les cloches de Santa Croce sonnent à tout rompre car, comme cela se passe une fois tous les cinq ans, les Médicis offrent à Florence un tournoi, et cela se faisait encore en pleine Renaissance. C'est celui de Julien de Médicis qui en est le héros avec une armure, un bouclier, une épée, des plumes, c'était grandiose et Florence en a gardé un souvenir ému. Mais surtout il tient au bout d'une hampe ce qui est l'emblème d'un héros de tournoi : sa bannière qui est fabuleuse et qui a été peinte par Sandro Botticelli.

Cette oeuvre portée par le maître de Florence va faire de Botticelli non seulement le protégé des dieux, mais aussi le protégé des princes. Sitôt après commence la grande carrière de Botticelli. Pour résumer cette grande carrière, nous allons voir deux commandes, une profane : deux fresques à la Villa Lemmi, une sacrée : celles de la Chapelle Sixtine, qui sont des oeuvres peu connues de Botticelli.