Les oeuvres chrétiennes
Nous les verrons dans un ordre chronologique. Au début cela a été dur : Botticelli est l'enfant chéri des dieux, les Tornabuoni viennent chez lui, les Rucellai aussi, les Médicis ne tarderont pas à prendre le même chemin, c'est vrai. Mais le grand problème - et c'est le grand problème de tous les jeunes peintres - c'est qu'on demande à Sandro Botticelli, si jeune encore, de faire des choses aussi belles que son feu maître, donc du faux Filippo Lippi. Souvenons-nous qu'il a été formé par le peintre des madones par excellence, que Filippo Lippi a peint les plus belles madones du monde. Mais on n'a plus Filippo Lippi, alors on a Sandro Botticelli qui n'a qu'à continuer...
I-Madone

II-Petite Madone au donateur

III-Vierge à la mer ou au bateau

Les Florentins qui commanderont ces madones deviendront de plus en plus brillants, ils auront de plus en plus de pouvoir. Ils demanderont donc des choses de plus en plus extraordinaires, toujours plus grandes, toujours plus belles. Ces jeunes artistes étaient pressés, chaque oeuvre devait être plus magnifique que la précédente. On verra les programmes augmenter, toujours la Vierge à l'Enfant, les personnages se multiplier et occuper parfaitement ce format très à la mode de la Florence de la deuxième moitié du Quatrocento, la forme ronde, le tondo. Voici l'un des premiers :
IV-Tondo aux huit anges

V-Tondo du Magnificat

Mais un jour Botticelli dira : "assez de Vierges!", on peut du moins l'imaginer. C'est très curieux car la Vierge du Magnificat est la dernière d'une très longue série qui a marqué toute l'étape préparatoire. On peut penser que Botticelli se sent maintenant les moyens de naître véritablement et les moyens d'être en même temps. Il abandonnera donc cet exercice de style qu'est pour lui la Vierge à l'Enfant et n'y reviendra que beaucoup plus tard et d'une tout autre façon : il se consacrera à un nouveau sujet qui est au fond la Vierge à l'Enfant "enrichie", c'est-à-dire l'Adoration des Mages. Il y vient avec beaucoup de méthode et cette nouvelle série d'oeuvres sera monomaniaquement sur le sujet de l'Adoration des Mages. Mardi dernier, nous avions vu que l'Adoration des Mages est un magnifique sujet pour les Florentins qui sont riches, prospères et possèdent ce qu'il y a de plus beau sur la planète : les mages sont comme leur reflet. Peindre luxueusement le cortège des mages, c'est rendre hommage aux familles régnantes. Lorsque Benozzo Gozzoli peindra son fameux Cortège des Rois Mages, il rendra hommage aux Médicis.
VI-Adoration des Mages

VII-Adoration des Mages

VIII-Adoration des Mages

Nous sommes presque au bout des oeuvres religieuses, mais il faut remarquer deux ou trois choses importantes. Voyons l'oeuvre suivante : c'est le fameux

Une commande magnifique de la plus riche des confréries de Florence, celle des médecins et apothicaires,
pour leur église consacrée à leur saint, Barnabé, protecteur de la médecine.
Dans cette confrérie, il y a tous les parrainages possibles et imaginables, tous les noms de Florence sont
là, c'est donc une commande très importante. Botticelli a accepté de peindre cet étrange
tableau qui, comme nous l'avons déjà vu, est composé d'un véritable fronton de temple
grec nous montrant la Vierge à l'Enfant entourée de saints. La composition est surprenante car elle
est d'un immobilisme et d'un hiératisme absolument total : on dirait huit statues posées les unes
à côté des autres. Ce qui donne toute sa mobilité à l'ensemble est la
présence des anges superbes écartant les rideaux du dais de la Vierge et révélant
tous les personnages aux fidèles. Remarquons aussi la beauté de la confrontation des couleurs,
le vert très bouteille du vêtement de Sainte Catherine à gauche contre le vert de Saint
Augustin beaucoup plus affirmé, et les deux verts servent de contrepoint au bleu royal du manteau de
la Vierge. Déjà là Botticelli montre ce sens aventureux de la couleur qu'il va
développer. Une des figures va rester célèbre dans ce retable : l'image
de Saint Jean-Baptiste dans laquelle on a longtemps voulu
voir aussi un autoportrait de Botticelli, mais qui demeure surtout un visage bouleversant par
le caractère voyant du regard que Botticelli lui a donné.

C'est la dernière oeuvre religieuse que nous verrons ce soir, la plus étrange dans laquelle Botticelli
traitera des mystères christiques. C'est toujours le même sujet qu'avant, c'est toujours une nativité.
Ce chef-d'oeuvre est une des oeuvres les plus importantes que nous ayons vues jusqu'à présent. Elle est à
la National Gallery de Londres où elle a été admirablement étudiée. Elle se
révèle surtout par deux étrangetés. C'est d'une part la seule oeuvre de Botticelli
qui soit signée et datée, la seule de toute sa production. En haut, dans cinq lignes de texte,
il est écrit en langue grecque "Moi, Alessandro Botticelli, en cette fin de l'année 1501,
j'ai...", donc signature et date. 1501 est près de sa mort et si elle est signée et
datée, c'est pour bien marquer la chose. D'autre part, c'est la plus étrange Nativité
que l'on puisse imaginer : il y a bien la crèche, l'âne, le boeuf, la Vierge, Joseph, l'Enfant,
mais pour le reste on est complètement perdu. Il n'y a ni bergers, ni mages, une kyrielle d'anges
partout, sur le toit, dans le ciel, par terre, et des gens dont on ne sait pas très bien ce qu'ils sont, ni ce qu'ils font ici.
L'étude de cette oeuvre qui a passé longtemps pour excentrique a apporté une
révélation. Botticelli a vécu sa maturité exactement à l'époque du plus
grand prédicateur peut-être de tout le siècle : Savonarole. Il faut se souvenir qu'à
la fameuse homélie du Carême de l'année 1499, quelques jours avant que Botticelli ne prenne
en main ce tableau-ci, Savonarole avait dit aux Florentins : "Repentez-vous de ce que vous avez fait,
repentez-vous de vos péchés, éloignez-vous du démon, laissez-vous gagner par les
anges seuls capables de vous amener jusqu'au Sauveur".
C'est le canevas car il y avait, comme toujours chez Savonarole, toute une quantité de symboles plus explicites et plus architectoniques encore. Et plus on a regardé cette homélie de Savonarole et l'oeuvre, plus on s'est rendu compte que l'oeuvre en est, en quelque sorte, l'illustration. La ronde des douze anges correspondant aux douze heures du jour et aux douze mois de l'année, c'est dans Savonarole qu'il faut la trouver. La présence des anges qui représentent la foi, l'espérance et la charité en robes blanche, rouge et verte, c'est dans Savonarole qu'il y en a le libellé. Les anges, les mêmes, en vert, rouge et blanc qui viennent sauver les humains et les tirer des limbes, c'est dans Savonarole toujours. Les démons chassés, et nous en voyons ici et là, c'est dans Savonarole encore. Tout simplement nous nous rendons compte qu'après une période d'un christianisme très esthétique, celui des premières Vierges, des premiers tondi, et même ce christianisme très social peut-on dire des grandes adorations, il y a eu tout à coup un évènement dans la carrière de Botticelli : la découverte de Savonarole. Et l'oeuvre la plus inspirée de Botticelli est cette Nativité mystique, la dernière oeuvre de ce premier tronc que nous voulions vous présenter ce soir. Nous aurons d'ailleurs l'occasion, après avoir admiré les oeuvres païennes, de voir si le "savonarolisme" a été très important ou épisodiquement important pour Botticelli, s'il explique ou non l'entier de l'oeuvre.
Détails : des anges couronnent de lauriers parce qu'ils ont écouté Savonarole, poussés par les trois anges rouge, vert et bleu vers la Nativité, c'est le groupe de droite. Au centre, étonnante accolade de cet ange et de ce gentil qui s'écartent l'un de l'autre pour que l'on voie bien le diable en train d'essayer de s'enfiler sous une dalle. Magnifique double mouvement presque en arc de triomphe qui marque le pas axial de cette composition.
Nous quittons maintenant ce monde chrétien pour passer aux peintures du monde païen, les plus célèbres peut-être.

IX-Retable de Saint Barnabé

X-La Nativité mystique

C'est le canevas car il y avait, comme toujours chez Savonarole, toute une quantité de symboles plus explicites et plus architectoniques encore. Et plus on a regardé cette homélie de Savonarole et l'oeuvre, plus on s'est rendu compte que l'oeuvre en est, en quelque sorte, l'illustration. La ronde des douze anges correspondant aux douze heures du jour et aux douze mois de l'année, c'est dans Savonarole qu'il faut la trouver. La présence des anges qui représentent la foi, l'espérance et la charité en robes blanche, rouge et verte, c'est dans Savonarole qu'il y en a le libellé. Les anges, les mêmes, en vert, rouge et blanc qui viennent sauver les humains et les tirer des limbes, c'est dans Savonarole toujours. Les démons chassés, et nous en voyons ici et là, c'est dans Savonarole encore. Tout simplement nous nous rendons compte qu'après une période d'un christianisme très esthétique, celui des premières Vierges, des premiers tondi, et même ce christianisme très social peut-on dire des grandes adorations, il y a eu tout à coup un évènement dans la carrière de Botticelli : la découverte de Savonarole. Et l'oeuvre la plus inspirée de Botticelli est cette Nativité mystique, la dernière oeuvre de ce premier tronc que nous voulions vous présenter ce soir. Nous aurons d'ailleurs l'occasion, après avoir admiré les oeuvres païennes, de voir si le "savonarolisme" a été très important ou épisodiquement important pour Botticelli, s'il explique ou non l'entier de l'oeuvre.
Détails : des anges couronnent de lauriers parce qu'ils ont écouté Savonarole, poussés par les trois anges rouge, vert et bleu vers la Nativité, c'est le groupe de droite. Au centre, étonnante accolade de cet ange et de ce gentil qui s'écartent l'un de l'autre pour que l'on voie bien le diable en train d'essayer de s'enfiler sous une dalle. Magnifique double mouvement presque en arc de triomphe qui marque le pas axial de cette composition.
Nous quittons maintenant ce monde chrétien pour passer aux peintures du monde païen, les plus célèbres peut-être.
