Les dessins
De son vivant déjà, Botticelli a été considéré comme l'un des plus grands peintres de tous les temps, et cela parce que les Florentins eux-mêmes l'ont considéré comme l'enfant chéri des dieux. Cela veut donc dire que toute oeuvre de Botticelli était attendue et saluée par les Florentins. On parle de ses grandes peintures, le tondo de la Vierge du Magnificat dans la veine sacrée, la Naissance de Vénus ou le Printemps qu'on appelle profanes, on parle de tout cela mais on oublie de parler de ce qui sortait de ses mains pour être immédiatement l'objet d'admiration le plus formidable : les dessins. Il faut savoir, et c'est très important, que Botticelli est le premier artiste dont les dessins ont fait l'admiration des collectionneurs. Au 15e siècle, un dessin était en principe quelque chose qui préparait une peinture, après quoi on le jetait. Botticelli a donné ses lettres de noblesse au dessin parce que, dans le vrai dessin, il y avait quelque chose du miracle qui tombait de ses mains. Nous allons voir quelques dessins pour en admirer la maîtrise.
Etude pour la Nativité mystique
Pomone
Admirable dessin rehaussé qui n'est ni une étude pour une peinture, ni une étude pour rien du tout, mais une Pomone dessinée à la sanguine avec rehaut de blanc qui a été offerte à Laurent le Magnifique comme une oeuvre à part entière.
Etude pour l'Adoration des Mages (Médicis)
Etude notamment de ces têtes d'expression, en même temps
que l'étude de chevaux extraordinaires de liberté, chevaux qui
ont quatre ou six yeux au fur et à mesure qu'en dessinant, Botticelli
se corrige lui-même.
Allégorie de l'Abondance

Etude pour le Retable de Saint Barnabé
Un des anges écartant les rideaux.
Nous constatons que du premier dessin au deuxième et du deuxième au troisième mais encore mieux du troisième au
quatrième, le dessin de Botticelli devient de plus en plus un langage à part entière. On sent très bien que
le premier et le deuxième sont peut-être encore des dessins préparatoires, mais qu'à partir du troisième et
du quatrième, le dessin devient un art en soi. Une des choses très importantes dans l'apport de Botticelli à son siècle
est d'avoir su inventer en quelque sorte la noblesse du dessin en tant qu'expression plastique. Et il fut d'ailleurs l'un des premiers à avoir
offert des dessins.
Quelque chose de l'admiration que nous avons aujourd'hui encore au 20e siècle pour le dessin, et quelque chose aussi de la ferveur des collectionneurs de dessins dans l'histoire même de la collection, c'est un peu à Sandro Botticelli qu'on le doit. Il est vrai que quand on est capable d'occuper une feuille avec à la fois autant d'évanescence et autant de sûreté de main, on pouvait être le père du dessin. Et il est très curieux que, sitôt après sa mort, on demandera à des faussaires de continuer à en faire, tellement on veut en avoir.
On peut ajouter à tout ce que nous avons appris sur Botticelli ce petit volet complémentaire qui est celui de l'invention de l'Art du dessin, c'est très important.