Les oeuvres profanes
Voici ces oeuvres, hormis bien sûr l'étendard de Julien qui est perdu.
Peinture de très grande dimension conservée aux Offices de Florence. Nous connaissons parfaitement les conditions de la commande : c'est Laurent le Magnifique qui a offert cette oeuvre à un personnage s'appelant Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis. Lorenzo vient de se marier et il a épousé une femme qui a le plus beau nom du monde : Sémiramis d'Appiamo. C'est un nom qui n'est pas encore à la mode, ce sera un nom du 16e siècle. C'est pour ce mariage qu'a été composée cette oeuvre brillante, superbement peinte, mais qui est dictée par les circonstances. Laurent veut que cette oeuvre soit morale car il connaît Lorenzo di Pierfrancesco. C'est un sensuel, un brutal, un débauché, un violent, un certain nombre de ses domestiques ont déjà été envoyés ad patres... Quant aux épouses de ses domestiques, elles ont au moins chacune six enfants de lui. Il est un peu le seigneur médiéval. Semiramis d'Appiamo est sensée le retenir en ses bras. Voilà ce que veut dire Laurent qui est un peu imprudent : Sémiramis est Pallas, la Raison qui aura raison de la bestialité incarnée ici par le Centaure. C'est un beau cadeau, un joli tableau à mettre sur la cheminée, mais c'est surtout une leçon de morale : "Que ton épouse t'apprenne et t'étaye à la raison". C'est le but de cette première allégorie de Botticelli.
Détails: Pallas qui est la soeur des Grâces de la Villa
Lemmi et aussi des filles de Jéthro de la Sixtine avec cette longueur et, en même temps, cette langueur admirablement
peintes. D'ailleurs, pour que Pierfrancesco s'y retrouve tout de suite et sache de qui est le cadeau, Sémiramis porte une robe
brodée de l'insigne de Laurent le Magnifique : trois ou quatre bagues
à diamant, cela dépend de l'endroit. Sur ce détail de la robe, ce sont trois bagues qui signent l'appartenance de
cette oeuvre au Magnifique qui semble en avoir dicté le motif.
Mars et Vénus
C'est une commande de mariage de la famille Vespucci. Dans ces familles florentines, le grand moment du mariage se passe la veille
où l'on exposait la dot de la mariée devant la maison, argenterie, vermeil, bijoux, dans des coffres de plus en plus
fous, de plus en plus extravagants, auxquels on donne le nom de "cassone". Plus le 15e siècle passe, plus le 16e
siècle passe, plus les coffres deviendront des monuments et les plus grands artistes sont sollicités pour orner ces
coffres. Et pour un mariage Vespucci, notre Botticelli sera commis pour peindre celui-ci. L'étrange format de cette oeuvre,
très en longueur, un peu le format en prédelle, tient donc au fait que c'est un devant de "cassone".
De nouveau, le sujet est philosophique plutôt que mythologique. Il faut remarquer que du premier tableau au deuxième,
mais surtout du deuxième au troisième, nous allons voir que les mythes de l'Antiquité ne sont pas
utilisés pour leur folklore ou leur anecdotisme, ou la liberté que l'on peut s'accorder dans le détail,
mais vraiment de plus en plus dans un but philosophique. Dans ce tableau, on nous montre la jeune épousée,
bien sûr, sous les traits de Vénus contemplant le sommeil du jeune époux sous les traits de Mars. Vénus
est l'Amour, la Concorde, Mars la Guerre, la Discorde. La nature humaine est faite des deux choses, l'union de Vénus et de
Mars ne peut créer que l'équilibre des forces et donc la perfection. Ces leçons de morale très
néo-platoniciennes que Botticelli nous assènent ici sont dictées par ses commanditaires. Avec un très
joli détail, les petits satyres qui ont volé les armes de Mars et qui jouent à la guerre à
l'arrière-plan. On sait que c'est une commande des Vespucci car de la souche on voit sortir des guêpes, "vespe"
veut dire guêpe en italien, et les "vespi" sont sur les armes des Vespucci.
La première affirmation aussi insolemment superbe de la beauté païenne chez Botticelli se trouve dans l'image de cette Vénus admirable qui n'a pas de corps : le corps est remplacé par ce jeu d'une extrême subtilité des étoffes les plus fines et, en même temps, ce galon qui les contient et les révèle. De l'autre côté, un des premiers nus héroïques de Botticelli, ce Mars au masque ensommeillé dont tout Florence est venu admirer la lumière sur le visage. Il est frappé d'éclairs de lumière sur le visage ce qui rend son sommeil encore plus lourd. Cette façon de sculpter les visages par coups de soleil, au sens propre du terme, est très nouvelle et remarquée à Florence en ces temps-là. Pour montrer combien Botticelli sait peindre jusqu'au dernier détail, voici le petit satyre qui s'est emparé du casque de Mars. En tout cas, une oeuvre qui a fait beaucoup de bruit, tellement de bruit que le plus bruyant des Florentins, le fameux Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis, désireux de rendre sa villa plus belle qu'elle ne l'a jamais été, commande à Botticelli deux nouvelles peintures et ce sera l'apogée avec la Naissance de Vénus et le Printemps. Nous verrons ensuite l'Histoire de Nastagio degli Onesti.