L'histoire ne se renouvelant guère, l'Empire des Ming s'écroulera sous la pression des armées paysannes attisées par le mécontentement des grands féodaux et de la cour. Le "sauveur" sera cette fois un berger du sud de la Chine Li Zicheng. A la tête d'une armée de gueux, il s'empare de Pékin et s'installe sur le trône. Mais 82 jours plus tard, l'armée mandchoue appelée en renfort par le général des armées Ming, entre dans la ville, l'occupe et proclame l'accession de la dynastie Qing. Le premier empereur sera Shunzhi, le dernier sera Pou-Yi...
Jamais la Chine ne sera aussi grande que sous les Qing. Expansionnistes en diable, ceux-ci conquièrent la Mongolie, le Tibet, Formose, des régions de l'Ili et du Turkestan et établissent un protectorat sur la Birmanie, le Népal, l'Annam et la Corée.
Les Mandchous éprouvaient une grande admiration pour la culture chinoise, aussi la production artistique des Qing demeure-t-elle dans la continuité de celle des Ming. Continuité flagrante en architecture, si l'on excepte le Palais d'été à Pékin, où règne, selon Jacques-Edouard Berger, "une double tendance, un conservatisme acharné et une espèce de passion de l'hétéroclisme", dont notamment l'ajout par l'empereur Qianlong (XVIIIe s.) de pavillons de plaisirs, versions enchinoisées du baroque italien de l'époque. Toutefois, dans son ensemble, la culture Qing se caractérise par le goût de l'archéologie et des compilations. Même si quelques artistes individualistes témoignent d'une authentique liberté d'expression allant jusqu'à l'extravagance la plus flamboyante, la peinture demeure dans le classicisme des maîtres anciens.
La céramique connaît, avant même la fin des Ming, une baisse de qualité, de sorte que les pièces produites jusqu'aux alentours de 1680 sont relativement médiocres. La manufacture impériale détruite durant la période troublée est reconstruite en 1683, le travail est réorganisé et la production démarre de plus belle. Extrêmement abondante et de qualité, elle témoigne d'une maîtrise technique extraordinaire. Les plus belles pièces datent du règne de l'empereur Kangxi (1662-1722) : des bleu et blanc aux tons saphir décorés de paysages, de fleurs ou de scènes de genre, des "cinq couleurs" et, tout à fait caractéristique une extraordinaire "famille verte " faisant intervenir un émail bleu (remplaçant le bleu sous couverte), une palette d'émaux comprenant une gamme étendue de vert, du noir et parfois de l'or. Les "monochromes " jouissent également d'une grande faveur, aux blancs de Foukien s'opposent les noirs "miroir" brillants rehaussés d'or, les rouges intenses (sang de boeuf), les rouges-rosés mouchetés (peau de pêche), les bleus "poudrés" ou "soufflé" servant de fond à une ornementation dorée. Un siècle plus tard, la "famille rose" succédera à la "famille verte". Des motifs, délicats aux tendres coloris, laissent apparaître une pâte fine (coquille d'oeuf), ici le décor respire. Mais bientôt apparaîtra une production de commande destinée aux Européens, surchargée de sujets et de thèmes "exotiques", qui s'intensifiera sous le règne de Qienlong tandis que parallèlement les potiers rivaliseront d'acrobaties techniques (ajourages, doubles parois, surface granitée, excès de dorures, etc). Bref, à l'aube du XIXe s., le déclin de la céramique chinoise sera consommé.
L'époque Qing n'a certes pas laissé l'empreinte de grands courants artistiques, mais elle est jalonnée d'une foule de petits chefs-d'oeuvre, témoins de la virtuosité et de la grandeur de ses artisans, qu'il s'agisse du travail des pierres dures - avec notamment les penjing ces arrangements d'arbres ou de jardins miniatures - ou de l'ivoire, de la broderie précieuse, de l'orfèvrerie ou du mobilier.
Survoler ces 6000 ans d'art chinois impliquait de faire des choix. Les nôtres ont été guidés par l'esprit qui anime cette collection.
"Ma demeure est au delà des nuages, seules les mouettes sauront la trouver." Jacques-Edouard Berger aimait ces quelques vers du poète Lu You (XIIe s.)...