Les contemporains de Vermeer: Madrid

En Espagne, c'est l'époque de la domination des Habsbourg et d'un piétisme célébratif un peu sucré qui correspond parfaitement aux aspirations religieuses de la cour d'Espagne et du couple royal (Philippe IV et Marie-Anne d'Autriche, fille de l'empereur Ferdinand II). Zurbaran est démodé; il est mort dans la misère, oublié de tous. Murillo triomphe, mais Vélasquez est le peintre officiel de la cour.

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Dans le caravagisme strict de Zurbaran, on retrouve le silence, l'austérité et l'emblématisme qui caractérisent l'oeuvre de Caravage.

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Cette célébration très baroque mais pasteurisée de la ferveur religieuse est admirablement peinte. Elle rappelle pourtant trop, par endroit, Rubens, Van Dyck ou Raphaël pour avoir une personnalité véritable.

Vélasquez est allé en Italie et fut l'un des premiers à ressentir pour l'oeuvre de Caravage un véritable choc.

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Cette oeuvre de jeunesse a été peinte dès son retour d'Italie. Le grand caravagisme se révèle dans ce goût de l'emblème que représente le personnage lui-même, dans la rigueur et le silence de la composition. Vélasquez adoptera par la suite, l'utilisation de couleurs franches, tranchées de blanc et de noir pour peindre la rue et ses gens.

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Ce dernier tableau a été offert, avec deux Raphaël, au duc de Wellington par le roi d'Espagne. Il fut le premier chef-d'oeuvre de Vélasquez.

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Plus silencieux, plus immobile, plus insondable que Caravage, il rejoint presque son contemporain Georges de la Tour.

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Vélasquez devra prendre service auprès de la cour d'Espagne. Il est hors de question de traiter Philippe et Marie-Anne "caravagesquement". Avec cette remise en question de l'esthétique, il deviendra prodigieux dans le rendu des étoffes, dans la mise en place des personnages et réussira à faire de fantoches et de mannequins -ce qu'étaient le roi et la reine - des êtres quasiment héroïques.

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Le couple royal a été peint des dizaines de fois par Vélasquez tout au long de sa vie. Ici, tout au fond du tableau, ils contemplent leur fille, l'infante Marguerite, la plus blonde, qui fascinera le peintre et que l'on retrouvera à tous les âges, tout au long de sa carrière.
Quelle audace de métier! La représentation des fleurs de tissu dans le corsage de l'infante est digne de Manet ...

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Petite fille encore, dans une invraisemblable robe de soie bleue et brandebourgs d'argent, elle a la gravité de la situation de cour. Le vertugadin d'osier cliquetait à la marche comme des castagnettes. Ce tableau est d'une froideur incroyable, c'est pourtant celui que Marie-Anne choisira d'envoyer à sa famille à Vienne.

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Une année plus tard, une infante Marguerite en robe d'argent et rose, d'une tendresse au-delà de l'officialité. Il réussit à suggérer le lamé d'argent de tout le tissu avec liberté, rapidité et science. Le mouchoir protocolaire, comme une diaprure posée sur la robe, devient presque inexistant. La reine gardera ce tableau.

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Portrait terrifiant, en habit de notaire de province, noir à col blanc, d'une austérité presque hollandaise.

A ce roi qui ressemble à un valet, il fallait substituer l'image d'un valet qui ressemble à un roi...

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Le duc d'Olivares était ministre. Vélasquez le représente tel un roi, car il était le véritable maître de l'Espagne.

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Vélasquez est l'un des seuls peintres officiels de l'histoire à avoir dépassé son mandat de portraitiste pour jouer le rôle de reporter de son temps. Chaque portrait nous donne une vision pensée, mûrie et éprouvée de ce qu'étaient la cour, les grands nobles, le roi, la reine et leurs enfants.