Les contemporains de Vermeer: Rome

Dans les années 1665, le caravagisme perdure, mais de méditatif et silencieux qu'il était à l'époque de Caravage, il est devenu emporté, rhétorique, avec un excès d'effets qui annonce le baroque. En 1665, Caravage (1573-1610) est mort depuis 55 ans et l'école caravagesque fleurit notamment avec, Borgianni, Fetti, Rosa, Desiderio et Le Bernin.

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Borgianni est un des peintres qui a repris et continué la recherche de Caravage, sur l'authenticité de l'interprétation des Écritures au travers de l'ombre et la lumière. Par un clair-obscur contrasté, une mise en scène dramatique, un fort relief, le caravagisme de 1665 est exacerbé, extrêmement théâtral et parfois excessif.

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Pensons à la pudeur de LA MADELEINE du Caravage, complètement isolée dans une grande bulle de gris. Ici, au contraire, une oeuvre diserte: un crâne, des livres par terre, un chien qui regarde ailleurs...

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Rosa est un des grands peintres caravagesques de cette génération. Son tempérament violent, excessif et sarcastique donne à son oeuvre un caractère romantique et apocalyptique, à la manière d'un Caspar David Friedrich. Les personnages occupent une portion congrue du tableau, dans un décor de tempête de montagnes, de rocs et de végétation.

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Peintre spécialisé dans les scènes de clair-obscur avec une dilection particulière pour l'Apocalypse.

Un nom dépasse tous les autres: Giovanni Lorenzo Bernini ou le cavalier Bernin. Sous l'égide du pape Innocent X, le grand art n'est plus la peinture, c'est celui de la construction.

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Le célèbre pape dont le portrait fait toujours frémir tellement le regard est aigu, a été l'un des grands propagateurs du baroque.

Pour cet urbaniste à visions cosmiques, un architecte de génie s'impose. Le pape comprend que dans le caractère romantique, excessif et déchiqueté des sculptures du jeune Bernini, se cache le plus grand génie de l'ère baroque. Il l'attire à son service pour en faire son architecte et son urbaniste.

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Les arêtes vives, les hachures de l'espace et du drapé, le caractère romantique, excessif et déchiqueté rappellent Borgianni et Salvator Rosa.

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L'ombre et la lumière sont les vecteurs de la spiritualité. Plus on élève le regard, plus on découvre que dans la coupole, Le Bernin a créé un effet de tension et d'aspiration qui nous amène au faîte, dans les ténèbres, à cet oculus, cette lanterne, au fond de laquelle apparaît en pleine lumière le saint-Esprit. En plein midi, toute la coupole s'embrase de rayons dorés pour laisser apparaître la multitude des putti qui célèbrent la grandeur de Dieu.

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Dans l'obscurité de l'église, par un puits de lumière ménagé en-dessus, le marbre se révèle dans toute sa violence de blanc. La lumière coule le long des rayons de bronze dorés et donnent vie à l'impalpable qualité du marbre qui en devient immatériel.

Bernin et Caravage sont les deux pôles de l'art baroque. Bernin est le pôle diurne, le jour, la lumière, le soleil, Caravage, le pôle nocturne, la nuit, les ténèbres, le mystère. Bernin est l'affirmation de la splendeur, Caravage au contraire, le maintien du secret absolu. Les deux personnages, qui ne se sont jamais rencontrés, se complètent absolument. Bernin est un homme du sud et Caravage un Lombard. Très vite Bernin a été reconnu, adulé et respecté. Caravage a été décrié, abominé et méprisé jusqu'à sa mort. Le baroque est le siècle du clair-obscur dont Bernin est le clair et Caravage l'obscur.

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Nous sommes dans un XVIIe siècle célébratif. Les peintres, sculpteurs et architectes doivent défendre la cause de la foi que l'on célèbre avec une indicible ferveur. Tous les moyens, même les plus théâtraux, sont bons pour mettre en évidence la sacralité de l'Eglise.
Il est étonnant de constater que l'oeuvre si muette de Vermeer est absolument contemporaine de ce grand baroque de Rome.