Pour l'Art - cycles des cours-conférences

automne-hiver 1983-1984

Art et civilisation de l'Egypte pharaonique

Il y a deux siècles environ, en 1764, l'Europe savante découvrait, et avec quel enthousiasme, un ouvrage qui allait marquer profondément les nouvelles orientations de sa culture l'Histoire de l'Art chez les Anciens de Johann Joachim Winckelmann.

On doit aux intuitions de Winckelmann l'affirmation de ce néo-classicisme qui fit surgir par toute l'Europe des XVIIIe et XIXe siècles de nobles colonnades à chapiteaux, des frontons historiés, des figures drapées à la solennité glacée.

Mais si l'Arc du Carrousel à Paris, le Capitole de Richmond, le Bâtiment de l'Amirauté à Leningrad, et même le Lion de Lucerne, témoignent en faveur de son goût, on n'en est pas moins en droit de lui reprocher d'avoir limité notre curiosité au seul domaine de la Grèce et de Rome.

Ses considérations sur l'Egypte sont graves "Les Egyptiens ne se sont guère écartés de leur premier style; aussi n'ont-ils jamais atteint dans l'Art ce degré de perfection où parvinrent les Grecs. Les causes de ces obstacles sont diverses la forme de leur corps, leur façon de penser, leurs coutumes, leurs lois civiles et religieuses, leur peu d'estime pour les artistes, jointes à un manque de talent et d'élévation de ceux-ci." Et plus loin "Pour terminer l'article des Egyptiens, je dirai que l'histoire de l'Art de ce peuple, ainsi que l'aspect actuel du pays, ressemble assez à une grande plaine déserte, qu'on peut pourtant parcourir des yeux du haut de deux ou trois grandes tours."

Propos excessifs, dus à un manque évident d'information, dira-t-on. Peut-être... Mais il demeure vrai qu'aujourd'hui encore, on se sent mieux dans la peau d'un descendant de Périclès que dans celle d'un ritualiste thébain, même associé à la grandeur de Ramsès II!

Et pourtant nous devons tant à la vieille Egypte notre intuition si fragile de l'éternité, notre foi en l'ordre profond des choses, bien d'autres de nos aspirations, souvent à peine conscientes, ont été vécues, et en toute sérénité, par ceux qui peuplaient alors la vallée du Nil.

Ainsi, approcher l'Egypte, ce n'est pas seulement faire oeuvre d'archéologue ou d'historien de l'art; c'est retrouver quelques-unes de nos racines profondes. Car, expérience troublante, mais qu'ont partagée nombre de ceux qui ont parcouru Luxor, Edfou ou Philae, on ne visite pas un temple égyptien on le retrouve.