Pour l'Art - cycles des cours-conférences

automne-hiver 1984-1985

Art et civilisation de la Renaissance européenne

Etrange concept que celui de "renaissance". ..

Ambigu surtout, à la fois rassurant et inquiétant rassurant en ceci qu'il englobe un champ de recherches , d'intuitions, d'illuminations tel que l'homme occidental, jusqu'à celui du XXe siècle, demeure persuadé d'y avoir une fois pour toutes forgé son identité; inquiétant aussi, car à parcourir les musées, à percevoir les paradoxes que suscitent certains dialogues d'oeuvres, on prend aussitôt conscience de sa fragilité même.

Rien n'est plus solaire que le sourire de l a Joconde; rien n'est plus lunaire, nocturne et mystérieux que celui de la Vénus de Piero di Cosimo. Et pourtant, tous deux ont été peints la même année, ou presque.

C'est sans doute par de tels paradoxes que la Renaissance affirme sa grandeur.

Quinze chefs-d'oeuvre, peintures, sculptures, pièces d'orfèvrerie, nous serviront de guides chacun d'entre eux révélera un aspect privilégié de notre approche.

Ainsi, la Cité idéale de Piero Della Frances ca rompra le silence de ses places désertes pour nous parler de perspective; la parure des Deux Courtisanes de Carpaccio illustrera le goût qu'a développé la Venise des doges pour les fastes de l'Orient; et la salière que Benvenuto Cellini offrit à François Ier sera l'emblème de ce primat qu'accordèrent alors les artistes au vertige, au délire de l'ornement.

Nous parcourrons ensemble les villes où se forgea l'"homo novus", l'homme nouveau, Mantoue, Ferrare, Vérone, Parme, Venise, Florence, Rome; nous y évoquerons la superbe des princes-mécènes, législateurs, tyrans ou condottieri, les Gonzague, les Este, les Farnèse, les Médicis; nous rencontrerons à leurs côtés ceux qui ont assuré leur immortalité, Mantegna, Botticelli ou Bronzino; et au passage, nous nous arrêterons aussi bien aux oeuvres illustres qu'ils leur dédièrent, telles les Batailles de Paolo Uccello, qu'à d'autres plus secrètes, plus obscures, comme ces Sibylles de la Casa Romei à Ferrare que, dit-on, Lucrèce Borgia aimait à interroger lorsqu'elle venait chercher refuge en ces lieux apaisés.

Il y a plus d'un siècle déjà que l'on interroge l a Renaissance. Mais après les travaux magistraux de Jacob Burckhardt, de Bernard Berenson, de Roberto Longhi, d'André Chastel et de tant d'autres, nous gardons la certitude qu'elle a beaucoup à dire encore.