Pour l'Art - cycles des cours-conférences

automne-hiver 1985-1986

Les fastes du baroque et du rococo

L'histoire du baroque et du rococo s'écrit en lettres de marbre, de jaspe, de bronze et de stuc dans toutes les capitales où s'est forgée l'Europe nouvelle à Rome, autour de la monumentale colonnade que Le Bernin fit ériger pour servir de propylée à Saint-Pierre, à Prague, sur le pont Charles où Braun, Brokoff et leurs élèves multiplièrent les effigies des saints patrons de la Bohême, à Vienne, où les perspectives de Schönbrunn s'étirent jusqu'à la Gloriette, portique impérial et vain, dont von Hohenberg fit le symbole de l'infaillibilité des souverains, à Berlin, à Paris, à Madrid, et jusque dans ces vallées ombrées de la douce Bavière, où des essaims de putti de stuc chantent leur bonheur de célébrer l'ordre divin.

Les hauts lieux du baroque déconcerte nt tout visiteur l'ampleur des chantiers, la hardiesse de la conception, la rigueur de la réalisation, laissent sans voix. C'est que, dira-t-on, le XVIIe fut le siècle du Soleil à son zénith par la grâce de Louis XIV, et qu'au XVIIIe brillèrent ces Lumières dont le règne de Louis XV fut comme auréolé. On en viendrait presque à oublier qu'en 1660, le roi ordonnait que soient brûlées Les Provinciales, et qu'en 1752, son successeur condamnait L'Encyclopédie! Faut-il en croire que les ténèbres sont proches parentes de la clarté? Peut-être Le Caravage l'avait-il pressenti en inventant, à l'aube du siècle, le clair-obscur, ce duel passionné du diurne et du nocturne, qui est le fondement même de la dramaturgie baroque.

Scénique au suprême degré, l e baroque, et plus tard le rococo, jouent en toute maîtrise sur la complémentarité des contraires le vide exalte le plein, le plein fait résonner le vide; la volute et les entrelacs font vibrer la pureté austère des horizontales et des verticales; la lumière exorcise l'ombre, l'or fait résonner le blanc jusqu'à l'incandescence.

Quinze étapes, placées sous l'égide de quinze oeuvres clés, nous feront ainsi parcourir l'Europe, de la Rome de Sixte-Quint aux folies des parcs de Frédéric II de Prusse, avec quelques escales privilégiées, insolites ou attachantes, telle la forêt de Bethléem, en pleine Bohême, où un sculpteur de génie donna visages d'ermites et d'ascètes à la tourmente des rochers, telle encore la villa Palagonia en Sicile, qu'un prince illuminé ceintura de légions de monstres ricanants et grimaçants.

Au passage, nous retrouverons ces maîtres absolus dont on oublie trop souvent qu'ils participèrent eux aussi à l'épopée de leur siècle, Zurbarán, Vélasquez, Poussin, Rembrandt ou Vermeer.

L'histoire du baroque et du rococo s'écrit aussi en lettres de feu...