Pour l'Art - cycles des cours-conférences

automne-hiver 1989-1990

Quinze pharaons en quête d'Absolu

L'Egypte pharaonique est un domaine d'étude fascinant, c'est chose avérée.

Son histoire se situe aux sources mêmes de la nôtre, et en constitue l'un des chapitres les plus brillants; son art a envoûté tour à tour les Grecs, les Romains, les Byzantins, les maîtres à penser de notre Renaissance, et jusqu'aux ornemanistes de l'Empire qui, dans les premières années du XIXe siècle, se plurent à orner de sphinx les accoudoirs de leurs fauteuils; ses idées enfin, certaines d'entre elles du moins, se sont ancrées à ce point dans nos consciences qu'elles ont réussi à survivre à toutes les tourmentes, et à devenir par nous, en nous, immortelles.

Dans le cadre de ces cours-conférences, nous avons eu l'occasion, par deux fois déjà, de consacrer un semestre entier à l'Egypte en 1979, l'année même de la création de ce cycle par René Berger, alors directeur-conservateur du Musée cantonal des Beaux-Arts; nous étions soixante-deux, les archives en témoignent, à nous retrouver fidèlement chaque semaine à l'Auditoire XVI. Puis en automne 1983, à l'Aula déjà.

Cette année-ci, le propos sera quelque peu différent dans la longue nomenclature des dynastes qui se sont succédé sur le trône du Double-Pays, j'ai choisi quinze souverains dont le rôle me paraît capital, de Narmer, qui présida aux rituels de fondation de la première cité royale de l'histoire, à Constantin, qui ne fut pharaon que de titre, mais sut pourtant offrir à l'Egypte l'appui du christianisme naissant.

Semaine après semaine, chacun de ces souverains sera replacé dans le contexte de l'un des hauts lieux dont il a contribué à exalter la magnificence Sakkara, où Djéser fit élever la première pyra-mide à degrés, Karnak, que les Ramessides dotèrent d'une salle hypostyle sans pareille, portée par cent trente-quatre colonnes monumentales, ou encore Tanis, dont Psousennès Ier assura l'ultime splendeur.

De ces hauts lieux, nous partirons à la découverte de sites moins prestigieux peut-être, mais d'autant plus attachants qu'ils sont secrets, tels Kom el-Ahmar, Biyahmou ou Tehna el-Gébel; à interroger leurs vestiges, nous apprendrons à affiner notre perception de l'esthétique, du goût, illustrés par les chefs-d'oeuvre reconnus des capitales.

Aux grands musées d'Europe et des Etats-Unis, nous emprunterons leurs pièces maîtresses pour les replacer, le temps d'une conférence, dans leur temps et dans leur lieu originels le prince Ankhaf du Musée de Boston reviendra ainsi à Guizeh, au milieu de ses pairs; l'exquise porteuse d'offrandes du Metropolitan de New York rejoindra son maître Meketre au fond de son hypogée de Deir el-Bahari; et l'auguste Nefertiti de Berlin retrouvera le fantôme d'Akhenaton à Tell el-Amarna.

Des premières palettes taillées dans le schis te il y a près de cinq mille ans aux peintures murales dont les Coptes recouvrirent les bas-reliefs des vieux temples, c'est la genèse de notre génie même que nous retrouverons.