EGYPTE

Principaux sites concernés

  • Une autre façon d'aborder l'Egypte! Un bref séjour au Caire, pour approcher les trésors du Musée archéologique, et se préparer ainsi à la découverte des hauts lieux de Basse et de Haute-Egypte, Memphis, Sakkara, Guizeh, bastions de l'Ancien Empire, puis Luxor, où nous consacrerons neuf jours à parcourir temples et nécropoles, à déchiffrer à même le granit et le basalte la chronique des souverains du Nouvel Empire. Le privilège d'un tel voyage est de progresser au rythme des découvreurs d'antan de consacrer par exemple quatre demi-journées au seul site de Karnak, pour tenter d'y définir la nature profonde d'Amon, Père des Dieux, de son épouse Mout et de leur fils Khonsou; de se faire ouvrir, au pied même du fameux temple funéraire de la reine Hatshepsout à Deir el-Bahari, la tombe secrète de son architecte, le sage Senenmout; de cerner la personnalité magistrale du grand Séthi Ier au travers des trois monuments majeurs qu'il consacra à sa seule immortalité sa tombe, son temple funéraire à Gournah, et, offrande suprême, son temple votif d'Abydos, lieu sacré s'il en est, dont on revient comme transfiguré.

  • Que dire encore d'une croisière en Egypte? Ce Nil inaliénable, la sérénité des paysages qui le bordent, rocs tourmentés, langues de sable ou champs étales d'un vert de gemme, la paix des hameaux de pisé qui ponctuent les rives, les chants des fellahs à l'ouvrage, la poussière que soulève au couchant un troupeau d'ânes à l'abreuvoir, les cris des enfants, tout cela fait partie de l'enchantement... Aux découvertes du quotidien s'ajoute la fascination de l'histoire; ces villes oubliées, ces temples que les millénaires n'ont qu'à peine touchés, ces nécropoles, ressuscitent une épopée cinq fois millénaire celle des pharaons qui ont forgé notre monde, celle des prêtres qui ont révélé à nos ancêtres la conscience du Sacré, celle des scribes enfin qui, en gravant leurs hiéroglyphes au coeur de la pierre, ont permis de conserver à jamais la mémoire du passé. Remonter le Nil, c'est partir à la recherche des racines premières de notre conscience occidentale.

  • Il y a longtemps que nous projetions de rendre hommage à tous ceux qui ont contribué à rendre vie aux vieux temples de l'Egypte sacrée, à repeupler leurs hypostyles, à rouvrir les portes de leurs naos, et à permettre à notre siècle d'y trouver les clés d'un magistral enseignement. Nous rejoindrons ainsi Champollion à la Vallée des Rois, dont il fut le premier à interroger les hypogées et à dialoguer avec les pharaons, Mariette à Edfou, où il permit à Horus de reprendre son vol en dégageant le sanctuaire des sables qui le paralysaient, Maspero à Sakkara où les pyramides lui livrèrent quelques-uns des textes les plus vénérables de l'histoire des religions, et tant d'autres encore, parmi lesquels notre compatriote Charles Gleyre qui, sans être égyptologue, n'en voua pas moins son pinceau à la célébration d'une terre qu'il sut aimer comme aucun autre.

  • Nous retrouvons Gleyre à Paris en mars 1838, où il ouvre un atelier Rue de l'Université. Son voyage en Orient a donc duré près de quatre ans, dont deux ans, trois mois et dix jours consacrés à la seule Egypte.

    Plus tard, ayant repris la direction de l'atelier de Paul Delaroche où il formera, avec cette ouverture d'esprit, cette disponibilité qu'ont célébrées tous ses contemporains, des élèves aussi divers que Gérôme, Bazille, Monet, Renoir, Sisley, Whistler, Anker ou Bocion. Gleyre repensera sans doute souvent à la douceur des levers de soleil sur la vallée du Nil; mais il n'en parlera jamais ou presque. Son carnet de route, ses huiles, ses aquarelles, ses dessins et même ses esquisses, furent enfermés dans une méchante armoire de bois noir, devant laquelle il poussa un coffre massif. Parfois, levant un oeil sur le meuble, il disait à ses familiers "J'ai là tout mon voyage en Orient. Je vous le montrerais bien; mais il faudrait déplacer la commode".

    A sa mort enfin, en mai 1874, on déplaça la commode. Son disciple et biographe Charles Clément eut alors la stupeur de recenser trente-deux compositions à l'huile et cent trente-quatre aquarelles et dessins, soit, sur un total de six cent quatre-vingt-trois numéros d'inventaire, un quart de la production de l'artiste.

    Qu'il s'agisse des huiles, des aquarelles ou des esquisses à la mine de plomb, toutes les oeuvres de la période égyptienne de Gleyre témoignent des mêmes qualités de rigueur, de précision, mais aussi d'inventivité l'Orient semble avoir apporté à l'artiste tout ce qu'il avait recherché en vain en Italie, l'indépendance, et surtout ce goût de l'insolite qui ne fera jamais de lui un académique à part entière. L'empreinte dans le sable des pieds de sa Nubienne, ou l'ombre portée du rocher détaché par les sabots de ses Cavaliers turcs et arabes, tous deux au Musée de Lausanne, sont de ces audaces qu'un orientaliste, même de haute volée, un Gérôme par exemple, n'eût pas osées. De même, l'acidité des tons de son Ramesseum, ou la liberté des traits de sa Vue des Pylônes de Karnak, à Lausanne toujours, eussent sans doute profondément choqué les défenseurs de l'esthétique alors régnante. S'étonnera-t-on encore de la tolérance complice dont Gleyre sut entourer la plupart de ses élèves, les Monet, les Renoir ou les Sisley tout au moins, ceux-là mêmes qui allaient se lancer bientôt dans l'aventure de l'Impressionnisme?

    Depuis peu, les temples de Philae ont été déplacés, et sauvés des eaux qui les menaçaient depuis près d'un siècle. Notre génération a donc su rendre hommage à la grande Isis, et à tous ceux qui surent entendre sa voix, à Vivant Denon, à Champollion et à Charles Gleyre.